« Vêtement de jambe »

 

Remontons si vous le voulez bien le fil d’un mot parmi les plus beaux de la langue française, loin devant amour et liberté, je veux parler de pyjama.
Prononcez-le à qui mieux mieux, on ne s’en lasse pas, il a un charme fou. Avant de l’enfiler, débarrassons-nous des babouches.

Bien qu’on le prenne pour un terme arabe à force de le marchander au souk, babouche a pour origine le persan پاپوش (« papuš ») pour « chaussure ». Zieutez bien les deux parties du mot : pa et poš.
Pa déboule de pāë, pāij (ancien persan pay) qui ne veut pas dire faut les payer maintenant ces babouches mais pied ou jambe (deux trucs bien distincts mais brusquez pas, le vieux persan a la vue basse). Ce pa ou pay est lui-même issu de la racine indo-européenne ped qui a offert podis au latin, pada au sanskrit, fotus au teuton, foot à l’anglais et last but not least, you buy one you get two, son pied et son pas à notre langue.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Car où le retrouve-t-on ce pied persan pa ou pay ? Mais dans mon pyjama bien sûr ! Et où les enfilé-je mes pieds ou mes jambes ? Pas trente-six solutions, dans un « vêtement » (jamah en persan). Quand on sait que jamah est un quasi-synonyme du fameux poš (« habillement ») qu’on retrouve au talon de la babouche, on saisit mieux toute la portée de cette phrase immortelle :

Arrête ce souk et file mettre ton pyjama tout de suite !

Tout est lié.
Littéralement « vêtement de jambe » qui a fini par englober le haut du corps, le payjamah a mis le monde à ses pieds, de l’espagnol pijama jusqu’au japonais パジャマ (pajama).
Les Anglais, qui font jamais rien comme tout le monde, le mettent au pluriel : pyjamas (ou sa variante ricaine pajamas) ; pour le coup, on ne peut même pas les en blâmer puisqu’on a tous a priori deux pieds et deux jambes, sauf si c’est pas de bol.
Dans nos contrées, on ne le croise, sous l’orthographe pyjaamah, qu’à partir de 1837 (gardait-on ses sous-vêtements de labeur jusque-là ?). Son succès universel, le pyjama le doit sans l’ombre d’un pli au fait qu’il se prononce partout facilement (pas de guttural là-dedans) et qu’il permet un grattement élégant au réveil sous toutes les latitudes, sans érafler le bas du dos.

 

Vous observerez pour finir qu’il n’est pas rare de donner à ce fidèle compagnon du pyja, notamment, rions un peu, quand il s’agit d’un pyja court. Si un mauvais coucheur vous reproche cette acopope sans savoir que vous aussi connaissez la racine du mot, vous pourrez toujours lui rétorquer qu’au contraire vous évoquez bien un « demi-vêtement ». Et toc, dors là-dessus.

Merci de votre attention.

 

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