Miette

Dans notre série « révélations du petit déj », il n’y a pas si longtemps que ce fait troublant m’a frappé au coin du bon sens parfois bien planqué dans le terrain vague qui me sert de cerveau : une miette, quand tu regardes bien, n’est rien d’autre qu’un petit bout de mie ! Fourche, fourchette, houppe, houppette, mie, miette ! Les eurêka tombèrent dru ce jour-là.

Cette découverte ô combien fondamentale vient cependant de subir un revers. Car l’étymologie, rabat-joie une fois n’est pas coutume, nous enseigne que mie dériverait de miette et non l’inverse… A l’origine était la miette, donc.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Mie et miette viennent tout droit du latin mica, qui signifiait déjà « miette » et d’où s’est faufilé par une porte dérobée le mica, ce minéral connu des géologues pour entrer avec le quartz et le feldspath dans la composition du granite. Il ne serait donc pas si incongru d’en rapprocher les facettes de petits morceaux de pain qui choient, puis par extension de petites parcelles d’à peu près tout ce qu’on veut (« en mille miettes »).
Comme y’a pas de hasard qui tienne, c’est sur ce même mica que s’est formée la marque déposée Formica, désignant un matériau assez résistant pour supplanter le mica (for mica, « à la place du mica » ; on dirait pas mais c’est de l’authentique ce que je vous raconte).

On s’égare ; mica ne nous a pas dit d’où il venait ? Du verbe latin micare, « briller », « scintiller » qui, pour une fois, n’a accouché dans notre langue que de la pierre éponyme et susdite. A ce stade, je vous rappelle que toute analogie entre le mica étincelant et la mie blanche du pain serait bidon puisqu’il est établi que les Romains, bien avant de se jeter des boulettes de mie dans les lauriers, faisaient déjà autant de mica que nous en cassant la graine. (L’avantage c’est qu’à notre époque, sur une table en formica, un coup d’éponge et tu ramasses tout).

 

Au passage, pour étayer tout ce qui précède parce que j’en vois qui font la moue, j’attire votre attention sur l’édifiante conjugaison de micare. La 1e personne du présent nous offre un mico qui en effet, arrivé à la moitié du bâton, se craquèle en miettes promptes à vous maculer le falzar. Même personne au parfait : micui, confirmation éclatante qu’une baguette pas trop cuite sera toujours la garantie de bonnes miettes croustillantes.

Merci de votre attention.

 

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