« Spéciale dédicace »

Il vous semble chelou que votre serviteur stigmatise toujours les mêmes champions des anglicismes francisés à la va-comme-je-te-pousse qui, faute de tourner sept fois leur langue dans leur bouche sertie d’or, érigent des « spéciale dédicace » au rang de formules consacrées. Avé l’accent « chpéchiale djédjicache », sinon ça vaut pas.
On se répète : c’est à la téci qu’on doit cette bancale tournure, relevant autant de la plus pitoyable frime que d’une méconnaissance crasse des langues vivantes. Et qui va, pour le coup, vraiment de pair avec la dentition pourrie plaquée or.
C’pour ça, quoi.
Zonards, n’allons pas par quatre chemins : ce que vous couchez sur bande ou sur mur reflète le summum de vos talents, soit. Mais la tête de ma maman, soignez au moins la périphérie. Autrement dit, pas de « spéciale dédicace » qui tienne ou ce sera la politique de la voiture brûlée. Ah ben fallait pas commencer.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Evacuons d’emblée l’épithète spéciale aussi inversée que la casquette, qui fondamentalement ne change que pouic au problème. Parce que c’est vous, on fermera les yeux sur le pléonasme, la honte se chargera de vous liquéfier au moment où vous pigerez qu’une dédicace est toujours spéciale.

Une fois l’expression lâchée, l’auditoire est censé être pris à témoin que ce qui va suivre sera dédié à quelqu’un. Voilà qui est bien urbain. Mais bougres de bougres, d’après vous, qu’est-ce au juste qu’une dédicace ? Ouvrez grand les échauguettes (non, pas les « échaufourrées ») : une dédicace désigne le petit mot qu’un auteur inscrit sous sa signature pour un lecteur à qui cha fait plaijir. Point barre. Un autographe personnalisé, en somme. C’est comac, c’est le français, y’a pas moyen de moyenner.
Par exemple :

A M., avec toute mon amitié.

Les éditeurs les plus avisés organisent même des « séances de dédicaces » où les fans de l’auteur défilent à sa table jusqu’à plus soif et tout le monde repart comblé.

C’est maintenant qu’arrive la subtilité. Quand notre écrivaillon dédie son œuvre à quelqu’un qu’il connaît déjà, de telle sorte qu’on puisse lire, dans chaque exemplaire :

A mon grand-père, sans qui…

… il n’est rien censé dédicacer du tout. Tant que le stylo n’aura pas physiquement appuyé sur la page de garde (insistons parce que les mauvaises habitudes tu peux y aller), le mot dédicace s’avèrera aussi incongru que ravioli, basket ou gothique flamboyant.

 

Eh Bobby, si un jour une foule hostile portant dico en bandoulière te tombe sur le râble, faudra pas jouer les ébaubis : ils verront bien que tu t’es payé leur tetê avec une « spéciale dédicace » non écrite. Et qui ne s’adressait à personne en particulier.

Ce à quoi tu pourras plaider la circonstance atténuante suivante : en fait, à la base, tch’ois, c’est parti d’un décalque de l’anglais to dedicate qui signifie dédier. Alors que « dédicacer [un livre] » se traduira en toute logique par « to inscribe [a book] ». En revanche, une dédicace se dira… dedication. Hein qu’ils sont perfides.

Il n’en fallait pas plus pour passer de :

J’voudrais djédjier cette chanson…

à :

Chpéchiale djédjicache

… et nombre d’entre vous ont d’ores et déjà franchi le mur du çon avec :

J’voudrais djédjicacher cette chanson…

C’est des coups à aller brûler les estafettes de MTV, non ?

Merchi d’votre atchenchion.

 

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2 réflexions sur “« Spéciale dédicace »

  1. Ping : L’infini ça fait beaucoup, surtout vers la fin ! Quoique… – lawrence waldstein

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