OK

 

Il court sur toutes les lèvres, à toute heure et sans distinction d’âge, pleins phares aujourd’hui sur OK. Pas un coin du globe en effet où cette manière d’onomatopée ne réussisse le tour de force de se substituer aux formules d’assentiment autochtones. Sans doute son k enjôleur et légèrement exotique y est-il pour quelque chose, qui situe a priori son origine outre-Atlantique. D’ailleurs, OK ne devient populaire chez nous qu’à la Libération ; quand on sait que d’aucuns y décèlent un « on knees » par lequel les mâles du XVIIe auraient invité les poulettes des maisons closes britanniques à les déboutonner et pas au niveau du veston, on conçoit mieux pourquoi, entre deux distributions de chewing-gums, ç’a dû chauffer sous plus d’un casque G.I.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

C’est qu’on s’écharpe encore pour établir avec certitude l’acte de naissance d’OK. Comme on vient de le voir, ses énigmatiques majuscules font pencher pour des initiales, même si la graphie okay a cours dans les contrées anglo-saxonnes (on y reviendra). Dès lors, font florès les explications les plus diverses.

Voici celle qui tient la corde.
OK serait apparu pour la première fois dans l’édition du Boston Morning Post du 23 mars 1839 :
« all correct » (équivalent en vogue de « all right ») y est déformé par jeu en « oll korrect », à son tour abrégé en « o.k. ». Fallait-il que le typographe fût un peu teuton ou à tout le moins taquin !
Il l’était assurément, comme en témoigne la kyrielle de graphies farfelues à cette époque dans les feuilles de chou de la côte est (de même pour « all right », devenu « oll wright » puis « O.W. » ; la postérité aurait retenu cette abréviation que Jacquouille la Fripouille nous eût gratifiés d’hystériques « odddddeubeuliouuuuuuu », flippant, non ?).

 

Vous étiez trop jeunes mais en 1840, Barack Obama s’appelait Martin Van Buren et ses partisans l’avaient affublé du sobriquet de « Old Kinderhook » d’après le nom de son patelin natal. Ni une ni deux, le club de soutien au Président s’est donc baptisé « O. K. Club », initiales d’autant plus volontiers scandées qu’elles rappelaient le flatteur « all correct » déjà passé dans les mœurs. A quoi ça tient, s’pas ? Le rapport avec notre choucroute réside évidemment dans la charge positive de la formule, censée hisser le bonhomme au poste suprême (« yes we can »…).

 

A cent coudées de là, les auteurs d’un docte African Heritage of American English soutiennent une autre thèse. Selon ces spécialistes, les ricains du XVIIIe siècle tiendraient la chose de première main de leurs esclaves. Dans la langue maternelle de ces derniers, on trouve à tous les carrefours le marqueur de discours « kay » (d’où plus tard okay) signifiant « oui, vraiment ». Les mots bantou « waw-kay » et mandingue « o ke » l’attestent également. M’étonnerait pas que les Noirs se soient de nouveau bien fait plumer, sur c’t’affaire.

 

Melting-pot quand tu nous tiens, certains attribuent l’origine du mot aux migrants grecs qui contribuèrent à la conquête de l’Ouest en posant les voies de chemin de fer. Fiers de leurs rails bien droits, ils y auraient apposé les initiales de « Oλα καλα » (« Ola kala », littéralement « tout bien »). Leurs collègues transalpins n’auraient pas manqué de protester pourquoi les rails c’est pas comme ça qu’on doit les mettre, ecco. Ces Italiens, ils font toujours tout à l’envers.

 

Autre aiguillage hasardeux pour finir : on raconte que les marins britanniques ou, selon les variantes, les soldats sudistes de la Guerre de Sécession avaient coutume de compter leurs morts après une bataille. Ainsi, « 3K » signifiait « 3 killed » mais si tous les copains étaient sains et saufs, la mention « 0K » (« 0 killed ») en faisait foi. Or on sait qu’à l’anglaise, le chiffre 0 se prononce par commodité comme la lettre O (notamment dans les numéros de téléphone). C’est donc avec force « OK » que les troufions se seraient empressés de proclamer la bonne nouvelle alentour.

Bon OK, c’est pas possible parce que postérieur à 1839 et puis que mettre une branlée à ceux d’en face sans déplorer une seule perte, même dans Le Seigneur des Anneaux ils ont pas osé.

Merci de votre attention.

 

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