Sans-gêne

 

Baladez-vous n’importe où dans la civilisation, l’étendue des dégâts vous sautera au sinciput : notre engeance repousse toujours plus loin les limites du sans-gêne. Chacun pour sa pomme et tout va à vau-l’eau. (‘Tention, ça va s’emballer question noms composés). Le vivre-ensemble étant à ce prix, nos arrière-arrière-grands-parents sans-culotte obtinrent de haute lutte que la loi fût la même pour tous. Nul n’est donc censé l’ignorer mais tout le monde s’assoit dessus à des degrés divers qui vont de l’affalage au vautrement.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Surplombant des places de parking bitumées de bleu avec une touche de blanc figurant un gus en fauteuil, cette mention : « 3 places », suivie d’un autre pictogramme à roulettes. La clarté du propos est aveuglante : valides, passez votre chemin. Juste en-dessous pourtant, un panneau rouge supplémentaire : « Risque de verbalisation ». Trouvez pas qu’il y a du superfétatoire dans l’air ? Enlevez le second panneau, enfreignez le premier : aucune chance qu’une pervenche rapplique, quoi ! Faut-il que le sans-gêne étende ses barbillons sans relâche pour défier ainsi les lois du pléonasme.
Saluons au passage l’auteur de la trouvaille « Vous prenez ma place, prenez aussi mon handicap » qui, si elle ne dissuade pas les contrevenants avec leur grosse chignole de merde (le facteur taille du véhicule prédomine selon les statistiques), a au moins le mérite de leur donner mauvaise conscience. On a peine à croire qu’une telle audace ait percé tous les cuirs du politiquement correct.

Autre avertissement dans le sens du poil : « nos amis ne sont pas les bienvenus ». Bien que l’idée d’un chien dans un lieu public n’effleure jamais le commun des mortels, vous croiserez toujours des tocards maîmaîtres pour passer outre et emmener toutou à la banque. Sans laisse, tant qu’à faire. Bon d’accord, celui de tout à l’heure avait une bonne gueule. C’est bien simple, on aurait pu s’attendrir, si un second roquet n’avait débaroulé sur ses traces. Un mâle, une femelle, voyez le tableau. Inutile de préciser que lever les yeux au ciel à s’en péter les paupières ne sera d’aucun secours au milieu des jappements.

 

Le plus désolant n’est pas tant la banalisation du blème que l’inaptitude crasse du quidam à piger que sa liberté s’arrête là où commence celle des autres. Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît, dixit le Grand Khôn sur sa croix, inspiré pour une fois.

Oui oui mais j’en ai pas pour longtemps ;
Oui oui mais y mord pas.

Là n’est point la question, bougres d’ânes. Croyez que le législateur s’amuse à distinguer entre gens méchants ou animaux pressés (ou l’inverse) et les autres ?

Rêvons que la banquière, sans-gêne, s’enquière :

Il a un compte à son nom ?

Question bête, remarquez : vu la disposition des distributeurs, s’il était venu retirer du pognon, le clebs furèterait partout sauf à l’intérieur.

Ou alors un panneau : « Risque de copulation » ? L’épargne fait bien des petits.

Pour les bébés au concert ou les échanges téléphoniques dont tout le boulevard profite, la place nous manque. Nous les évoquerons, de même que les têtes à beignes qui viennent au cinéma vous pourrir la séance, une prochaine fois.

Merci de votre attention.

 

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