Air guitar

 

Parmi les tentations de faire du vent, il est une terreur des anémomètres, capable d’en remontrer aux zéphyrs, aquilons, mistrals, siroccos, fœhns et tous les parcs d’éoliennes réunis, je veux parler de l’air guitar. Saviez-vous qu’un quarteron de petits branleurs l’a mis au goût du jour voilà déjà deux décades ? « Mais comment », « mais de quel droit », « langage ordurier », « on nous avait habitués à mieux », blabla, etc. Vous qui voyez de quoi il retourne, osez dire que ceux qui s’adonnent à la chose méritent plus d’égards. Quant aux autres, votre ignorance vous rapprochait jusque-là de l’ataraxie ; je serais vous, j’éviterais la suite.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Comme ça, à vue de pied, on entr’aperçoit moyen comment les mots air guitar peuvent bien cohabiter.
De la guitare en l’air ? L’intérêt de la pratique au plafond vous échappe autant qu’à moi.
Aérienne au figuré alors ? Voilà du biscuit en la matière, z’en profiterez pour me réviser votre étymo, bande de tire-au-flanc.
Une guitare qui fait soufflerie ?
Vous n’y êtes pas.

L’air guitar, c’est précisément tout sauf de la guitare. Décorum, péritexte, métadiscours. Rââh mais si : vous-mêmes en votre temps, émoustillé par ce solo, ce riff velu, ces accords rageurs venus des baffles du salon, mimâtes la chose toutes babines retroussées, sur un manche à balai au mieux. Ne me la faites pas, tous les mectons prépubères (et sans doute quelques mectonnes) se la sont ainsi racontée. Dans un cadre privé néanmoins, où tout flagrant délit vous aurait conduit, écarlate, à vous mettre à l’étude de l’instrument pour de bon.

Déjà propice à une certaine expressivité faciale (voir le sieur Elmaleh à ce sujet), dame guitare en s’électrifiant est devenue matière à gestuelle inédite dans l’histoire de la ziquemu ; on en a connu qui poussaient la comédie jusqu’à l’immoler. Des claques, ouais. Depuis l’aube du rock’n’roll, pas un gratteux qui ne se prive d’en faire des tonnes.

Tout un art en soi, décrétèrent certains : l’air guitar était né. Tout porte à croire que les airballs de l’âge d’or de la NBA (ces tirs au panier échouant piteusement dans le vide) ont influencé jusqu’au nom de cette « discipline ».

Vous croyiez celle-ci circonscrite à l’âge bête et à la seule glace de votre salle de bain ? L’air guitar a ses championnats du monde. Les malheureux s’y roulent par terre, trépignent, redoublent de rictus, rivalisent de moulinets, font semblant de jouer dans leur dos, avec les dents, donnent dans la véhémence, pour dire le moins.
On ne serait point étonné d’apprendre que d’aucuns en font leur gagne-pain.

 

Play-back et karaoké n’auront été que des coups de semonce. L’air guitar pousse le virtuel dans ses ultimes retranchements.

Merci de votre attention.

 

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