Abracadabra

 

Votre main au feu qu’abracadabra n’est, pas plus qu’« am stram gram », un mot en l’air. Une telle perfection n’a pu sortir d’un chapeau quelconque juste pour faire joli.
Vos rudiments de cabale vous laissent même à penser qu’on y invoque quelque chose.

Ouste, avant toute chose, au dérivé fautif abracadabrantesque. Dû à un vers (d’absinthe) rimbaldien, le vilain s’est répandu comme une traînée de poudre suite au bon mot télévisé d’un président. Non mais c’est abracadabrant, à la fin.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Attestée dans un écrit latin du IIIe siècle, la plus célèbre des formules magiques divise le landernau quant à sa signification.

Décidément chapardeurs, les Latins auraient subtilisé α ̓ϐρακα ́δαϐρα à une escouade d’hérétiques grecs dont Abraxas était le dieu. Nous y sommes : quitte à épater le gogo, autant miser sur la puissance divine (qui équivaut au passe-passe suprême).

C’était sans compter sur le boustrophédon, les aminches.
Kézezéza, le boustrophédon ? Littéralement un bœuf qui laboure un champ. Et qué rapport avec la lasagne ? Tout doux, j’y viens. Sans doute émoustillé par la perspective d’une double ration de lasa… de foin, le consciencieux animal avance de droite à gauche et de gauche à droite. Ce qui a donné son nom à l’écriture boustrophédon, qui se lit dans un sens puis dans l’autre. Parfois même, ce sont les lettres qui s’inversent ; point ne vous raconté-je la gerbe.
Et Dieu sait que pour dégobiller des lasagnes, faut déjà s’en farcir des doses de cheval.

D’aucuns donc, boustrophédon en bandoulière, ont déchiffré abracadabra comme dans un miroir : arba-dak-arba. Comme vous aviez pas révisé votre hébreu avant de venir (et qui vous en blâmerait), vous voilà Gros-Jean comme devant. Tout doux, la traduction arrive, je vous la donne en mille : « que le quatre anéantisse le quatre ».
Voyez qu’appuyer sur les –bra d’un abracadabra bien senti relève d’une certaine logique.

Mais décomposons un peu tout ça, pt-pt.
Arba : « quatre », cryptogramme pour « Dieu », d’ac ? ;
dak : impératif du verbe hébreu « casser, anéantir » ;
arba à nouveau : « quatre [sous-entendu] éléments ». Autrement dit : « que Dieu maîtrise (en les anéantissant) les quatre éléments ».
Eh oui sinon comment tu veux qu’elle marche, la magie ?

Noitnetta ertov ed icrem.

 

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