Tennis

 

Revoilou Roland, revoilà Garros et toute la nation se réjouit : va y avoir de l’amorti masqué, du revers slicé, du grand écart tout schuss, du lob, du passing le long de la ligne, des avantages, des égalités, des avantages, des égalités, de la double faute, du murmure en bob et solaires, de la raquette de rechange, de la terre battue plein les chaussettes, bref, du tennis dans toute sa splendeur. Programme d’autant plus alléchant pour le spectateur qu’il préfigure son farniente estival – au grand dam des futurs impétrants, y’a des révoltes estudiantines qui se perdent. Mes cocos, révisez tranquilles : c’est toujours Nadal qui gagne à la fin.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Au classement des plus savoureuses étymos, tennis se situe sans conteste dans le haut du panier. Ledit sport a pour ancêtre notre jeu de paume, ça, vous savez. (Admirons au passage comme les Français perpétuent la tradition historique en paumant systématiquement). Fin XIVe, l’engouement pour le jeu est tel qu’il crée un absentéisme au boulot sans précédent. Les zautorités s’en émeuvent, qui l’interdisent en semaine (ç’a pas tellement changé, finalement). A force de disputer la Manche aux Anglais, ce qui doit arriver arrive : le duc d’Orléans est fait prisonnier en 1415 à Azincourt. Vingt piges à l’ombre ! Duc ou pas duc, ç’a eu arrivé que l’intéressé fasse deux-trois balles pour se dégourdir, c’est humain. En laissant traîner une oreille, v’là-t’y-pas que ses geôliers chopent le mot « tenez ». Le joueur qui lançait la balle s’exclamait en effet tenetz, devenu teneys ou tenyse à l’époque du duc, voire tenys vers 1460, malléabilité de l’orthographe aidant. Ne restait plus à nos voisins pelousophiles qu’à transposer la chose en plein air en l’appelant « lawn tennis » (« tennis sur gazon »), bientôt raccourci en tennis.
Un va-et-vient digne du court central.

Comme quoi, on n’a pas attendu les Albionnais pour inventer le fair-play, hein. Faut avouer que depuis, la compétition a pris le pas sur le jeu. Pratiqué par les bûcherons modernes, le paisible tennis d’origine tient moins de l’échange de politesses que du « prends ça dans ta gueule ».

Onomatopée quand tu nous tiens, « tennis de table » se dit d’ailleurs ping-pong depuis 1887.
On pourrait ainsi rebaptiser de manière plus parlante quelques disciplines au hasard. Tenez, puisque vous êtes d’humeur joueuse, saurez-vous relier le bon sport à son nouveau nom ?

                                                       

tire-maillot ou pas-vu-pas-pris-pas-moi                                                   haltérophilie

volant fou                                                                                                                    aviron

et han-flatch-et han-flatch-et han-flatch                                                        tir à l’arc

tap-tap-tap-tap-tap-tap-tap-hop ! tap-tap-tap-tap-tap-tap-tap-hop !     rugby

humpfhh                                                                                                            badminton

gnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn                                          Formule 1

écartez-vous                                                                                                         cyclisme

tchac                                                                                                                        football

planque-la-seringue                                                                             110 mètres haies



(Faites gaffe, il se peut qu’il y ait des pièges).

Merci de votre attention.

 

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