Ribes en mots

 

Jean-Michel Ribes, je ne vous félicite pas. Votre dernière pantalonnade parue chez Points dans la collection de Philippe Delerm « Le goût des mots », s’intitule Les mots que j’aime (et quelques autres…). De plus mondains que moi qualifieraient de « flaubertien » ce ramassis de « définitions » qui, par définition, se lit trop vite. Car d’autres avant vous, dans le sillage du Dictionnaire des idées reçues de l’illustre Gustave, se sont risqués à cet exercice. Peu auront su mettre dans une page consacrée à l’artichaut, pour prendre ce seul exemple, autant de poésie, d’absurde et d’humour que chez Ronsard, Beckett et Dubillard réunis.

Tout l’opuscule est à l’avenant. Passe encore que la construction en soit anarchique, qu’oxygène y jouxte salsifi et que beauté côtoie phacochère au mépris du plus élémentaire ordre alphabétique, lequel vous dézinguez au passage. Sans prévenir, comme d’habitude.

Lorsque, à Psychologie, vous écrivez :

Le cinéma, le théâtre ou la littérature psychologique m’épuisent à ressasser toutes les nuances de notre réalité d’humains sans surprise dont nous connaissons tous le dénouement. Seule échappatoire pour fuir notre destinée définitive, le non-sens qui en dénonce l’absurdité,

vous rendez-vous bien compte que sous vos pieds, l’herbe du père Sigmund ne repoussera pas de sitôt ?

Sur la même lancée, vous siphonnez l’homme politique d’un trait :

L’erreur que commettent la plupart des gens est de penser que l’homme politique est un homme, alors que c’est un homme politique.

Par ailleurs, vous seriez bien le seul de votre espèce pour qui octogonal évoque un général sud-américain, et roupie de sansonnet la « roupette de sansonnie ».

Avec un esprit pareil, je préfère ne pas savoir ce que voit votre œil quand il regarde par-dessus vos binocles. Quant à votre front proéminent et votre verve un brin précieuse, notamment dans votre façon de bouffer les « c’est-à-dire », mettons-les sur le compte d’une tête bien faite et bien pleine, d’une capacité à faire feu de tout bois et d’une éternelle impatience à paginer votre berlue.
Entre autres, car comment passer sous silence le Théâtre du Rond-Point dont vous êtes l’indélogeable taulier ? Y a-t-il d’autres raisons valables d’envier actuellement le peuple de Paris ?

Pour mémoire, c’est aussi vous, Jean-Michel Ribes, qui avez créé avec François, Roland, Georges et les autres la série Palace. Pour ce seul fait d’armes, vous méritez le Panthéon de votre vivant. Vous qui aimez la postérité, vous devriez être servi.

A ce sujet, je cite votre définition de l’actualité :

Ne pas écrire sur l’actualité pour être éternel, ne pas parler d’éternité pour paraître actuel.

Et allez, enlevez-moi les mots de la bouche, pendant que vous y êtes.

 

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