Sympa

 

Avez-vous observé comme sympa est déjà sympa en soi ? Formé par apocope (cette amputation des jambes qui nous vaut le p’tit déj en pyja), le mot semble ne faire qu’un avec la chose. D’ailleurs son antonyme antipathique, lui, n’a pas droit à son diminutif ; même entier, on rechigne à le prononcer, l’affreux.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si l’adjectif est devenu passe-partout, c’est qu’il couvre la frange la plus embouteillée de l’échelle des valeurs, pile entre l’ordinaire et l’extraordinaire. Est sympa ce qui laisse un bon souvenir sans prétendre à la postérité. On s’exclame, admiratif :

Sympa, cet appart !
Sympa, ce yaourt !

Sympa nous dispense ainsi d’étayer nos jugements : de même que le film est bien, la moto est bien, bien la chemise, non, vraiment sympa. On considère une soirée sympa comme réussie, une fille sympa comme agréable (alors que l’adjectif résumant « qui gagne à être connu », tu peux chercher).

Dans ce sens, sympa s’est installé à la place de chouette, qui tend à dépérir. Dommage parce que le mot était sympa.

 

De son vrai nom sympathique, l’intéressé a une longue histoire. Les toubibs savent détecter de toute éternité une « douleur sympathique », celle qui se déclare par ricochet à un bobo antérieur. Phénomène de sympathie, qui a fini par désigner au figuré la réaction épidermique provoquée par un être ou une chose. Un quartier de notre système nerveux a même pris le blase de « système sympathique ». Nettement moins sympa que ce qui précède, je ne souhaite à personne d’être atteint de sympathicotonie, sous peine de passer sur le billard pour une sympathectomie

Et que dire de l’encre sympathique, cette substance invisible façon jus de citron que même James Bond se fait avoir, tout 007 qu’il est ! Sens scientifique hérité de la médecine : « qui agit à distance, ou indirectement ». Les acousticiens connaissent par cœur ces « cordes sympathiques » qui vibrent grâce à la résonance de leurs sœurettes.

Il est grand temps de se pencher sur l’anglais sympathy (« compassion »). Faux-ami ? Du tout. Plutôt la version grecque (συμπα ́θεια, « participation à la souffrance d’autrui ») de la compassion latine (cum-patio, « souffrir avec », comme quoi la Passion du Christ était tout sauf une partie de rigolade ouf heureusement que ç’a jamais existé).
Scalpel, please.
Sympathie s’échafaude avec le préfixe sym : « avec », « ensemble » (symbiose, symphonie, synonyme) et le radical παθ- (pathe) : « ce que l’on éprouve », notamment la douleur sous toutes ses formes (névropathe, psychopathe, pathologie…). Ah ? L’apocope de tout à l’heure ne serait-elle qu’un innocent effet de mode ? Cachez ce mal que je ne saurais voir ?

 

Sous la plume de certains critiques est apparu dernièrement l’avatar sympatoche. Çiloui-là, vaut mieux pas en abuser ! Sentez comme on y passe d’une bienveillance feutrée à l’indifférence, voire au rejet déguisé ? Si c’est pour « souffrir avec » une œuvre tout juste sympatoche, alors non, alors.

Merci de votre attention.

 

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