Rouflaquette

 

Vous autres zobsédés au vocabulaire croupi voyez sans doute en rouflaquette un équivalent exotique de khoûille. Vous confondez avec roupette et roubignole. A votre décharge, bande de digoulasses, ces pattes sculptées au gré de l’inspiration sont bien l’apanage des mecs du sexe masculin. Rappelons qu’en un point indéterminé de cette broussaille, le cheveu se mue en poil. Transsubstantiation qui vaut son pesant d’alléluia.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ce Triangle des Bermudes capillo-pileux semble connaître son apogée au tournant des XIXe et XXe siècles. Du gentleman au proxo, oncque mâle qui n’arbore ses rouflaquettes en gage de virilité, comme l’atteste une iconographie fournie comme une tignasse. A croire que les glabres font alors figure de parias. Riez, riez, on voit bien que vous ne tâtâtes jamais du tranchant des lames de l’époque. Le Bic uneu lame le orénge, à côté ? Une caresse.

Petit échantillon à travers les âges :

roufla1

Années 60-70, le tif libéré :

roufla2

Par la suite, la rouflaquette périclite inexorablement. Sorti de la corporation des routiers et des vieux hardos nostalgiques, on ne trouve plus guère que notre Maxime Médard national pour l’assumer sur les terrains de rugby :

maxime-medard

Pour ainsi dire, la chose remonte au rasoir mécanique. Mais le mot ?

Sans conviction, les lexicographes s’en remettent aux dialectes. Rouffles (« jabot, garniture de chemise »), roufle (« gifle »), sans oublier l’expression normande « faire le roufle » : « prendre un air arrogant, se pavaner ». A ce compte-là, les bricolos ressortiront maroufler, aux racines tout aussi enchevêtrées : associer ce « vaurien » de maroufle à la colle forte, pas moins tiré par les cheveux que la joue comme dénominateur commun de roufle et rouflaquette

Pronostic tout personnel : ronflant et flanquer sont tapis dans l’ombre (rouffler, ancienne variante de ronfler !). Après tout, les rouflaquettes mangent le visage de qui veut se donner de l’importance. Un suffixe affectueux (dit-on point favoris pour les mentons rasés ?) et emballé c’est pesé !

Tandis que nous crawlons dans le secret, l’anglais tire ses sideburns du nom du général nordiste Ambrose Burnside, Ambrose-Burnsidemis cul par-dessus tête pour mieux épouser l’idée (side = côté).
Ça vous défrise, doesn’t it ?

Merci de votre attention.

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