Débarras

 

Définition de débarras : planque idéale d’une partie de cache-cache (en salle, sinon à plat ventre en haut de la butte). Pratiques, les fentes en chevrons dans la porte façon persiennes pour observer incognito !… non, z’avez pas connu ? Le prédateur arrive, vous frôle sous vos yeux et continue son chemin, si c’est pas du frisson ! Et à peu de frais, en plus.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Exemple perso mis à part, dans l’absolu, tout ce dont on se débarrasse fous-le dans le débarras, cet espace généralement si exigu que faudrait vraiment qu’on passe à la déchetterie on est bien embarrassé en attendant.

Savez quoi ? On n’y verra plus clair qu’une fois débarrassé de ce –barras.

Allons-y Alonso :
Les deux acceptions du mot, « cessation d’embarras » (comme dans « bon débarras ») et « endroit où l’on met les objets hors d’usage ou encombrants » (grenier du pauvre, v. plus haut), sont fort proches dans le temps (1798 et 1810 respectivement). Because débarras est le déverbal de débarrasser, dont la forme est déjà fixée depuis 1740. Mais si l’on remonte jusqu’en 1718, l’Académie propose encore « desbarrasser » ou « desembarrasser ».

Vu l’idée fort commune qu’il exprime, le verbe version longue a déjà bourlingué. On le croise, dans toute sa splendeur pronominale mais sans accent aigu, en 1584. Quarante ans plus tôt même, dans une correspondance, Catherine de Médicis avoue être « debaracee de [s]on enfantement ». On soupçonne que l’IVG s’est pas déroulée au poil.

Gide et d’autres auteurs utilisent encore ce plaisant désembarrasser. Oh mais c’est pas pire que désengorger (= dégorger), désengager (= dégager) ou désembouteiller (= dégagez). Ajoutons pour le plaisir déconstruire (= détruire) et désinformer (= déformer).
Coquetterie ? Oui mais qui permet de visualiser les deux états successifs : plein ; vide.

Elle est surtout conforme à l’histoire du mot, né « desembar(r)asser » en 1535 d’un père espagnol, « desembarazar » (1495), lui-même rejeton d’« embarazar » (env. 1460), lui-même descendant du portugais dialectal « embaraçar », issu de « baraço » (« courroie, corde »), certainement fille de l’arabe « maras » de même sens… Les autres branches de l’arbre généalogique sont trop hautes, les zenfants.
Oui, malgré la corde.

 

Variantes de l’embarras originel : se prendre le pied dans un jack – en parlant de cordes – ou se faire mettre la corde au cou par un boulet quelconque. Dans ce cas, pas d’hésitation : changer de trottoir (ou de numéro).

Merci de votre attention.

 

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