Hein

 

Fascinant hein. A l’onomatopée, au pur réflexe, à la nasalité la plus ahurie (« hin »), il a plu à la muse d’adjoindre cet étrange e, quand les Zanglais sont allés comme d’hab au plus court avec leur « huh ? ». Oh ! Hé ! Hein ? Bon.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Frein, plein, blanc-seing, enfreindre, peindre, teindre, a- et restreindre, sans oublier le fameux polyptyque éteins-étreinte-tes reins-tes seins-enceinte : pour leur e, nos mots en ein ont tous un motif valable. S’ils n’en ont pas hérité direct du latin, ils se le seront vu offrir par un moine copiste payé à la lettre. Mais si fantaisiste qu’il ait été, quel calligraphe a bien pu mettre noir sur blanc hein, ce mot de l’oralité par excellence ? There is more than meets the eye là-dessous, comme disent les Zanglais décidément fortiches en expressions idoines.

 

Hein fait son entrée dans le dictionnaire en 1835. Au prix de contorsions dont j’ose à peine vous entretenir.

Bien des années plus tôt, dans la VO du Roman de Renart, on relève par exemple « ahenc » :

A tant li tendi le harenc ;
Primaut le prist et dist : « Ahenc,
Bien puisses-tu estre venuz ! (…) »

Sous-titres :

Il lui tend aussitôt le hareng ;
Primaut le prend et dit : « Ah !
C’est bien que tu aies pu venir ! (…) »

Ce ah ! avant la lettre débaroule donc attifé en ahenc pour une sombre histoire de poiscaille. Seulement, comme l’étymo, c’estions point une soirée déguisée hein

Il semble que le mot ait pour véritable ancêtre « hen », qui à compter du XVe siècle se dit en guise d’imprécation ou de relance pour l’interlocuteur. Il faut attendre 1724 pour le croiser sous sa forme actuelle chez Marivaux, non sans être passé par « heim » fin XVIIe. M final tout sauf incongru si l’on se tourne vers l’interjection « hem », sur laquelle les latinistes projettent (mais comment le sait-on ?) toute la gamme des sentiments, de l’effroi jusqu’à l’heureuse surprise et pourquoi pas l’éclaircissement de la voix hum le fond de l’air est frais ah la la y’a plus d’saisons.

« Moi ! Moi ! », trépignent alors les spécialistes de l’ancien français. Et de proposer, doigt levé, l’autre main soutenant l’aisselle, « ainz, ains, einz ». Bien que l’adverbe ait signifié pendant 500 ans « mais, plutôt que » (= « plus tôt que », du latin ante, « avant »), ains et hein font deux, j’en ai bien peur.

 

Quoi qu’il en soit, hein nous sert de « particule pragmatique », comme disent les linguistes acharnés. On en parsème ses discours dans l’attente d’un assentiment plus ou moins explicite de la cantonade :

Hein qu’on est bien ici ?

Les statistiques montrent qu’il se trouve toujours, dans notre cercle de connaissances, au moins un bègue du hein, qui, hein, probablement manque hein de confiance en lui, hein, suite hein à une carence affective, hein, qui sait ? Aussi, faisons-lui un poutou, au lieu de le charrier.

Merci de votre attention.

 

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