Epépé

épépé

Epépé, de Ferenc Karinthy Editions Zulma

Hep ! hep ! hep !
Souffrez qu’on vous rattrape par le colbac : vous passiez à côté d’un chef-d’œuvre. ‘Tention, le dur de dur, le vrai de vrai, que seul un cercle ridiculement restreint d’initiés qualifie de « culte ». Ecrit en 1970 par Ferenc Karinthy – inconnu au bataillon, donc, Epépé paraît chez un obscur éditeur, Zulma, qui signe d’un Z laconique. Ajoutez à ça la nationalité hongroise de l’auteur, le découragement vous mine quasi. Hongrois, pas coréen, fuyez pas. Mais surtout journaliste, dramaturge, traducteur de Molière et champion de water-polo, voyez qu’il y a de la matière.

Sachez aussi que son précédent éditeur en France rachète les droits du roman chaque fois qu’il change de crèmerie. Pas à mettre entre toutes les mains, z’êtes prévenus. Sans jouer aux comparaisons hasardeuses, Epépé secoue façon Kafka : il y a un avant et un après.

Mais que raconté-ce ?

Très simple : croyant s’être envolé pour Helsinki, un type se rend compte qu’il atterrit dans une grande ville d’un pays indéterminé et indéfinissable, dont il ne comprend pas la langue, ni l’alphabet.
Personne ne peut l’aider en quoi que ce soit.
Et personne ne le cherche.

Sueur froide subsidiaire : le héros (le mot n’est pas trop fort, vu les nerfs qu’il faut) est un linguiste patenté (ce qui ne manquera pas de vous plaire, les gugusses). Sauf qu’évidemment, les sabirs qu’il sait ne lui sont d’aucune utilité dans ce vase clos, hors de toute science-fiction et d’autant plus malaisé à situer…

L’argument fait penser à un mauvais rêve. L’écriture aussi, c’est là le trait de génie du gars Ferenc. Les choses arrivent et on ne s’étonne pas qu’elles arrivent. Ton neutre (et ici glaçant) du présent de l’indicatif. Aucun procédé stylistique, ou alors l’air de rien, comme cette mise en abyme splendide d’un match auquel assiste la foule en furie (fait pas bon être agoraphobe dans Epépé) et dont sort vainqueur celui qui parvient à franchir l’obstacle en bout de stade avant que la masse ne fonde sur lui…

 

Sauvageons de passage, réconsidérez la portée de l’expression « truc de ouf », il y va de votre crédibilité.
Car l’identification est dévastatrice : on est coincé avec le héros dans sa chambre d’hôtel (dont même le numéro semble hostile). Seule la fille de l’ascenseur éveille une lueur d’espoir.
Comment tout ça va-t-il finir ? (… à vrai dire, on en est là de la lecture. Alors chut).

 

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4 réflexions sur “Epépé

  1. Vous me laissez sans voix : j’ignorais (à ma grande honte) que l’orthographe de la mise en abyme différait de celle attribuée aux grandes profondeurs (avec le «î» pré-1990, bien entendu)…

  2. Étonnant que ce livre ne soit pas plus connu que ça. C’est clair qu’il y a un côte tour de force (je n’irai peut-être pas jusqu’à parler de chef d’œuvre) dans la simplicité cauchemardesque du postulat de base et dans la façon dont Karinthy s’y tient d’un bout à l’autre du livre… Et la scène dans le stade est en effet incroyable !

  3. Malheureusement, je suis déjà plongée dans trois livres à ce moment, autrement j’aurai déjà pris épépé à la médiathèque. Ça m’intéresse énormément dans tous les cas, et je crois que quand j’aurai fini, je le chercherai. De ce que j’ai lu sur le net, pas mal de gens font la comparaison entre Karinthy et Kafka, alors ça m’intrigue bien (j’ai finalement lu Le Château et Le Procès, et j’ai bien apprécié, surtout après quelques soucis avec la chère administration française …). Je vous dirai quand j’aurai eu l’occasion de le lire.

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