« Bruisser »

 

L’usage accouche parfois de curieux petits ornithorynques (« ornithorynqueaux » ? « ornithorynquetons » ? Y’a des bestioles j’vous jure, inclassables jusque dans leurs gniards). N’en profitez pas pour dévier du sujet qui est « bruisser ».

Mais revenons à nos monotrèmes, moutons.

Dissipés que vous êtes, vous vous demandez pourquoi le verbe s’emmitoufle ainsi dans des guillemets d’ailleurs l’étymo d’emmitoufler s’avérerait des plus passionnantes et si on vous dérange dites-le hein. C’est que « bruisser », comme les soucoupes volantes, Kaili et les amours désintéressées, ça n’existe pas. Z’aurez beau protester que

toute la ville « bruisse » de rumeurs

à longueur d’informations ou qu’

on entendait « bruisser » les basses branches

sous la plume des grands auteurs, y’a que bruire qui vaille, les cocos. Si la tentation nous saisit tout entiers de le changer en « bruisser », c’est sûrement sous l’influence de l’imparfait, qui comme son nom l’indique est un faux-jeton de première.

Splication. Il fut un temps où l’on conjuguait bruire le plus logiquement du monde :

Il bruyait.

Bruire signifiant « émettre un bruit léger », son participe présent bruyant engendrait la confusion avec l’adjectif bruyant qui, lui, évoque tout sauf un murmure agréable. Priorité donc à la forme en bruiss-, plus proche de bruissement et des désinences des petits copains en –uire : cuire, cuisant, détruire, détruisant, etc. Le doublement du s collant par-dessssus le marché avec l’image sonore du vent dans les feuilles et autres cigales Duracell.

Ainsi, mis à la sauce bruiss-, bruire a été purement et simplement jarreté vers la sortie par ce parvenu de « bruisser ».

 

Sauf que celui-ci n’a ses entrées dans aucun dictionnaire des deux derniers siècles. Chique coupée ? Faits têtus. Grevisse nous avertit charitablement depuis des plombes : « un usage fréquent qui cherche à s’établir a formé l’infinitif bruisser ». Idem pour le Larousse de la Langue française (« un barbarisme ») et pour ce bon vieux Bescherelle (« le verbe bruisser se soutient difficilement »).

 

Chers moutons persuadés que

la rumeur « bruisse »,

(vous diriez « faire le buzz » ; kif-kif avec deux z), trouvez-vous pas que le mal est déjà bien grand lorsqu’elle « bruit » ?

Merci de votre attention.

 

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