Autogestion

 

Dans le supermarché bondé, des mini-têtes à claques ne font aucun cas des avertissements de leur mère. Qui menace, excédée :

Vous vous gérez.

Autrement dit,

J’abandonne

et plus précisément

Je vous abandonne.

A quand un permis de pondre ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Au-delà du constat d’échec, passible de hara-kiri chez tout parent sensé, c’est une stupeur linguistique qui nous noue les boyaux [ici se cache sans doute une contrepèterie]. Ne dites plus « sois sage » mais « gère-toi », davantage à portée de comprenette des loustics.
Transposez un peu la phrase au Moyen-Âge, voire même à l’ère bien entamée de la révolution industrielle. S’esclafferaient, les aïeules, si tant est qu’elles saisiraient de quoi il retourne exactement.
Car où a-t-on vu jouer qu’un enfant se gérait comme un budget ? Un stock ? Un capital quelconque ?

D’ailleurs, l’appellation « directeur des ressources humaines » vous révulse-t-elle encore au saut du lit ? Ahâ, mes petits pères, flagrant délit de moutonnerie.
Gestion
des conflits, du temps, du stress, de la prise de parole, l’étape suivante consistait fatalement à gérer des êtres de chair et d’os sans que ça empêche de dormir.

T’inquiète pas chérie, le saumon sauvage, je gère.

Si cet énoncé pubeux passe comme une lettre à la poste, transformez le verbe en substantif. Chérie applaudira-t-elle vraiment sa gestion du saumon ?

 

Jean-Marie Bigard voit juste, qui souligne au détour d’un sketch asexué (y’en a, faut pas croire) qu’« on est passé de s’occuper des enfants à occuper les enfants ».
La faute sans doute à « to deal with », équivalent anglais de « s’occuper de » mais aussi de « composer avec »…
Toujours est-il que si tout est gérable, plus besoin de « s’occuper de » ni même de préciser ce qu’on gère.
Là où

Je m’en occupe

rassurait naguère,

Je gère

s’assoit sur ce qui restait de sentiment dans l’opération.

Logique (marchande) poussée à donf dans les commentaires sportifs.
« Bien gérer [sa course, un point important] » devient sans rire :

Il a su gérer.

Et ta sœur ?
Elle continue ses singeries à la caisse centrale.

Merci de votre attention.

 

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