Quel avis donner sur les poèmes de votre femme de ménage ?

 

Qu’elle officie sur votre lieu de travail ou à domicile, l’éviter devient un sport. Pas méchante pourtant, la femme de ménage. Au contraire, ses poèmes parlent tous de fleurs, de soleil et de paix dans le monde. Elle les pond généralement le jour même entre chiffon et serpillière, sur un bout de papier qu’elle déplie devant vous. Aussi sûrement que le plus teigneux boxeur, là voilà qui vous coince dans les cordes sans s’embarrasser de vos protestations. Et finit par vous assener le coup de grâce : « vous aimez ? ».
Aucune chance de vous en relever.

Surtout, ne l’encouragez pas à se faire publier, la réalité pourrait à votre grand dam dépasser la fiction. Vous savez d’ailleurs qu’il n’y a rien à espérer du syndrome de Stockholm : feindre l’empathie avec le preneur d’otages ne fera qu’aggraver les tortures.

Ne rasez plus les murs de votre propre bercail, que diable.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en esthète civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Une petite pirouette pour commencer, soutenez-lui qu’elle est un poème à elle toute seule. Flattée, elle repartira toute guillerette vers son bac d’eau sale. Solution temporaire qui ne vous mettra pas à l’abri d’un second poème à votre intention dans la foulée, enflammé celui-là.

 

♦  Enquillez avec un quatrain de votre cru de suite après son point final. Le supplice s’achevant à tout coup sur bonheur ou fleurs, exprimez à votre tour vos émotions comme elles arrivent. Orientez alors la muse vers pleurs, souffre-douleur ou sauvé par le gong si exceptionnellement dugong, diphtongue, oblongue ou Mékong l’appellent. Autant dire que les chances sont plutôt minces.

gotlib

♦  Fourrez-lui le nez dans Baudelaire ou Prévert. Une infime probabilité existe pour qu’au contact de ces grands auteurs son style prenne un virage à 180°. Voire qu’elle remise définitivement ses rimes au placard à balais.
Merci Charlie, merci Jacquot, au revoir m’sieu-dames.

 

♦  Confisquez discrètement tous crayons, feutres, poinçons et stylos-bille alentour. Elle se verra contrainte d’écrire avec son sang ou les traces de freinage des cabinets dont elle a la charge (vous lui ferez remarquer au passage que le ton sur ton est à éviter).
Si d’aventure elle réussissait à contrer vos plans en récitant par cœur, prenez des cours accélérés d’hypnose et frappez-la d’amnésie sur commande.

 

♦  Transformez-vous en plante verte ou en cendrier. Au mieux, elle vous arrosera hebdomadairement, au pire, vous serez suspendu quelques secondes au-dessus de la poubelle. Un moins mauvais moment à passer, à tout prendre, que celui où vous subissez ses gnangnan hémistiches.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

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