Clivant

 

Est-ce le Gaulois qui sommeille en nous, cet être querelleur, toujours prompt à s’entredéchirer, qui nous pousse vers le clivant ? Rares sont les sujets qui échappent désormais à ce maso qualificatif. Meuh qu’est-ce que c’est que cette société où le clivant est roi ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si je ne m’abuse, est clivant ce qui divise, right ? Au XVIe siècle déjà, nous copiâmes cliver (« fendre ») sur le néerlandais klieven de même sens.

Or, rendons-nous à l’évidence, le concept d’unanimité n’existe plus que dans l’esprit tordu des dictateurs bananiers au régime de terreur.
En partant du pincipe qu’il y aura toujours des pour et des contre, à propos de tout et dans quelque proportion que ce soit, « sujet clivant » est un pléonasme douze carats comme on les aime.

Cette division, votre sens de l’équité, conforté par un imaginaire bipolaire qui va du yin et du yang au jour et la nuit en passant par la gauche et la droite, vous la fait concevoir à parts égales. Clivant, oui, mais au milieu. Qu’une majorité se dégage, c’en est fini du clivage. Et qui dit clivage dit irréconciliable, ce qui promet de se foutre sur la gueule pour longtemps.
Enervant, le clivant.

 

Avez-vous remarqué au passage son discret parfum de néologisme ? Dans le sillage du verbe (cliver) et du nom (clivage), clivant se fait fort de combler un manque, à la manière de son cousin inspirant qui passe la tête avec insistance (les Angliches ayant leur inspiring depuis Lord knows when).

 

Sans compter que l’épithète se la pète. Non seulement, on l’a vu, par son côté précccccciiiiieuuuux, mais aussi parce que le sujet qu’elle qualifie est automatiquement bombardé important. Untel décrète que

c’est un sujet clivant,

on doit l’entendre au sens de « qui nous concerne tous » ou se taire à jamais (v. aussi comment naissent les débats). Alors que la plupart du temps, seul un microcosme joue à s’écharper. Pendant que vous et moi gardons notre opinion pour nous, merci – si tant est que nous en ayons une sur le sujet.

 

On pourra toujours compter sur un gus assez inspiré pour se fendre d’une intervention propre à « dépassionner le débat ».

Merci de votre attention.

 

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