A côté de la claque

 

Si à peine vos pantoufles chaussées, votre pensée du matin s’articule à peu près en ces termes :

Quel disque me mets-je ?

et que par « disque » vous entendez « de jazz », ce qui suit concerne plutôt vos bourrins de voisins, qui claquent des doigts ou tapent des mains sur 1 et 3.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Au cours du mémorable exposé ci-dessous, Wynton Marsalis rappelle ce que swinguer veut dire. Face à des étudiants hilares suspendus à ses lips, le Maître ne s’embarrasse guère de circonlocutions musicologiques (à partir de 2’ 36’’) :

Ça se passe de VF, appeler un chat a cat à ce point :

You look at a rhythm section like you look at a car. The bass is the wheels ; the drums is like the motor ; and the piano is like the bottom. (…) The bass does what’s called walking, so the bass will now walk (…). What he’s playing is a swing groove, which means the accent is on 2 & 4. Sometimes when I play concerts, I see people in the audience – Americans too – I’ll be playing and they’ll be going [1 & 3]. You know what I mean ? So I look at the audience, I see these ones and I say ‘hey !’, I start wonderin’ if I’m in Europe or something. (…)
This is like if you have a car, like ten miles an hour, it’s like a real pretty car and you just… [savourant] you’re just profile, you know, you drive into your neighborhood, lookin’ around you, like ‘Yes’, checkin’ out what’s happenin’, you just got your brand-new nice automobile, it’s clean, you got a bad suit on, you got your girlfriend with you – she’s fine, say ‘Yes’, and you look at some of your friends, say ‘What’s happenin’ ?’. You’re not going fast, you’re going very slow but you want everybody to check it out. And that’s what a good groove is like. You just wanna lay in into profile, you don’t want it to be loud, you don’t wanna play a bunch of wild stuff on it, [attention, sentence définitive anti-esbroufe] you just wanna look cute and PLAY. (…)
[récap des gens à éviter] :
people not swinging, smiling ;
people snapping their fingers on 1 & 3.

 

Il est vrai que nous autres vieux continentaux chérissons, bêtes et disciplinés, le 1er temps de chaque mesure. Au mépris du plus élémentaire feeling. Les natifs d’outre-Atlantique en particulier semblent, eux, balancer (to swing mais aussi to rock tiens) sans se poser de questions, faisant fi de toute pesanteur.
Faites le test : 1 et 3, étouffe-chrétien, 2 et 4, libre comme l’air.

C’est pas compliqué pourtant : quel que soit le morceau à 4 temps, repérez les agissements du batteur (ou de la boîte à rythme) sur la caisse claire (ou la cymbale charleston chez les jazzeux). Le pauvre n’arrête pas de nous mâcher le travail sur 2 et 4, comme toute la musique occidentale actuelle l’y convie. Et nous ? Nous nous obstinons à ralentir la marche.
Accentuez donc 1 et 3 sur We will rock you, histoire de piger votre douleur une fois pour toutes.

 

Au prochain auditoire récalcitrant, quand bien même toute la salle rame à contre-courant, prenez fait et cause pour les temps faibles.

Merci de votre attention.

 

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