Tarauder

 

Faraud, maraud… De tous les paronymes que l’ancien françois a eu la délicatesse de faire parvenir jusqu’à nous, tarauder n’a pas pris le coup de vieux réglementaire. Avant que l’affaire nous taraude, examinons le pourquoi du comment.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Y’a pas à creuser bien loin : tarauder au sens propre équivaut à « creuser, percer », et plus précisément « percer avec une tarière ». Tarière, quésaco ? « Grande vrille pour percer le bois », chère à nos zancêtres les Gaulois dont les Romains jaloux rapportèrent le taratrum : taraud.

Enfin, orthographe garantie depuis 1676 parce qu’avant, hein, il y eut taraut (1567), tarault (1538), tareau (1216), variante de tarel, passé par tarelle, déformation de tariere. Je vous vois venir : si on s’arrête maintenant, jamais on repart. Allez go go go : tarere (1180-90), tariedre (fin XIe), taredres (début XIe), taradros (VIIIe siècle), d’origine celtique. On sent que les bouquins manquaient cruellement à l’époque, z’écrivaient un peu à la va-comme-je-te-vrille, les aïeux.

D’aucuns expliquent l’évolution en tarière par l’ancien verbe tarier, « exciter, taquiner ». Mais si l’on zieute vers le tar anglais (« goudron »), c’est une piste bougrement moins cahoteuse qui se dessine. Liquide visqueux, coulant du vieil anglais teoru, teru, « résine », qu’on retrouve plus au nord et à l’est sous des formes approchantes, dérivant toutes de l’indo-européen deru-, dreu- qui a donné tree

Si bien qu’un taraud pour « percer le bois », pas de quoi tomber de l’arbre hein.

D’ailleurs, incroyable mais vrai, cette racine deru-, sur laquelle bourgeonnait l’idée de « fermeté, solidité », a poussé en true.

 

Meuh ne nous voilons pas la face, « tourmenter de manière lancinante au point de faire souffrir plus ou moins vivement » est le sens (figuré) le plus usité de tarauder, dont on entrevoit soudain mais oui c’est vrai ça la parenté avec tarabuster.

Toujours ce vieux radical tar-, dont le t marque pour les linguistes acharnés « le commencement d’un bruit, tandis que le r final, strident, donne l’impression d’une fin indéterminée » et sur lequel est sans doute venu se poser le tarin, ce petit oiseau à bec pointu qui, tiens donc, loge dans les résineux.

 

Afin d’éviter que cette étymo ne parte en vrille, notez que tout calembour sur tarot vous aura été épargné.

Merci de votre attention.

 

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