Vent

 

Non seulement le vent démarre toujours de quelque part (jamais pile à l’endroit où vous êtes), mais il « souffle », sans quoi il n’existe pas à proprement parler. Et soi-disant il suffirait de s’humecter l’index pour sentir d’où vient l’animal : balivernes.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Et plus précisément au radical indo-européen we- (« souffler », tout à l’imitation), dont on retrouve la trace la plus patente chez les Zanglais (wind) et en latin (ventus).
Résultat : on croise le vent dès 1050 dans son orthographe de tous les jours, même si l’un ou l’autre « venz » ou « vens » fait encore mine de se lever à l’horizon.

Les zaïeux mettent ensuite au point toutes sortes de tournures épatantes, pour la plupart tirées du jargon marin : « héberger au vent » (loger à la belle étoile), « avoir le vent en main » (être à même de choisir), « avoir le vent contraire » (connaître l’infortune), « être au-dessus du vent » (être en bonne situation), « cueillir vent » (reprendre haleine) et le délicieux « donner vent à une bouteille trop pleine » (la vider un peu)…
Seuls « avoir vent de » (1461), « avoir le vent en poupe » (1492) et « vent debout » (1718) ont survécu, cette dernière ayant un prodigieux pouvoir d’agacement lorsque les journaleux l’appliquent à la première bande de contestataires venue.
Sans oublier « être dans le vent » qu’on vit fleurir dès 1964 à propos de quatre garçons, zanglais eux aussi…

 

Autant d’expressions colorées qui ne sauraient faire oublier le vent en tant que « gaz intestinal » (1680, et depuis que le pet est pet d’ailleurs). C’est tout à fait exagéré. Tout juste le vent transporte-t-il l’odieux méfait vers vos narines ébahies. Voyez bien que sous prétexte de volatilité, nous accablons ce pauvre zéph de tous les maux.
Il faut dire que, par analogie déjà, le latin entendait par ventus aussi bien « flatulences » et « opinions » (hop, mettons-les dans le même sac) que « bonne » ou « mauvaise fortune ». Toutes choses insaisissables par définition.

 

Rendons enfin un vibrant hommage à la manche à air, ce grand escogriffe de toile se déployant aux quatre vents pour en mesurer la vitesse. Ç’a quand même une autre gueule qu’un doigt mouillé.

Merci de votre attention.

 

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2 réflexions sur “Vent

  1. c’est bien dans l’air du temps ! J’adore… votre érudition et la drôlerie qui s’y attache. Merci de nous en faire profiter !

    • Merci Marie ! Tout le plaisir est pour moi.
      J’aurais voulu caser le « Blowin’ in the wind » de Dylan pour être tout à fait complet mais ça ne s’est pas fait…

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