Asperger

 

La question ne vous a valu que trop d’insomnies : au fait, l’asperge a-t-elle un rapport avec asperger ? Et si oui, par quel sombre cheminement sémantique est-on passé du fier asparagus de nos assiettes au fait de projeter un liquide quelconque ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Car alors, pourquoi pas courgetter ? Non mais pourquoi pas ? Ou poireauter, si le néologisme vous turlupine. Au moins, pour le poireau, tout est clair : attendre → prendre racine → faire le poireau. Mais quid des asperges ?
Certes, on peut asperger celles-ci de mayonnaise – le geste n’est pas très élégant mais soit. A ce compte-là, on aspergera aussi les poireaux de vinaigrette sans pour autant, on le voit, s’extirper de la semoule ne serait-ce qu’un chouïa.

 

Une fois de plus, c’est chez les religieux que se noue le problème. Dès le XIIe siècle, « asperger de » équivaut à « mouiller d’un liquide projeté par gouttes ». Avant de blasphémer en pensée, bande de babouins lubriques, dites-vous que l’ambiance était plutôt à l’eau bénite, expédiée d’un aspersoir (comme un arrosoir mais bénit ; oui oui).

Si le sens n’a pas pris une ride, on n’est pas plus avancé sur la généalogie d’asperger, non non.

Une fois de plus, c’est chez les Romains que se noue le problème. Pour « saupoudrer, répandre » (plutôt un liquide et plutôt sur quelqu’un), ces derniers ne trouvèrent rien de mieux qu’aspergere, le préfixe a- évoquant la direction des gouttelettes.
De fait, le verbe coulait mieux en bouche qu’ad-spargere, son prototype. Notez qu’à lui seul, le radical signifiait « répandre » mais comme d’hab, on s’est cru obligé d’en rajouter…
Et comme l’affaire se conjuguait en adspersi/adspersum au passé ou au passif, nous autres avons très vite laissé tomber « aspergeage » au profit d’aspersion (quasiment tout de suite en fait). Ça ne vous rappelle pas un peu dispersion ?
Au risque de se disperser, c’est exactement ça. Même racine dans l’adjectif épars (mais pas dans Hépar qui comme chacun sait n’est pas de l’eau, attention aux contresens).

 

Ce ne serait rien si le latin ne fricotait ici avec son cousin grec speiro, « semer, ensemencer »… Autant dire que sperme est tapi dans l’ombre.
C’est pas moi qui l’dis, c’est l’étymo, alors finissez sagement vos asperges, elles vont refroidir.

Merci de votre attention.

 

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