« En berne »

 

Parmi les expressions toutes faites méritant tarte dans la gueule figure sans conteste « en berne ». Notez que seuls les journaleux et les zéconomistes qui leur font face la prononcent. Hors plateau, au-dessus de l’évier ou d’un gratin de coquillettes, tout ce petit monde reparle normalement, sans que jamais ne lui vienne cette formule à la khôn.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Croissance en berne,
exportations en berne

voire, allons-y gaiement,

moral en berne,

la métaphore, fournie avec le Smith & Wesson, est censée décrire une stagnation. Elle se veut plus soutenue qu’« en panne » ou « au point mort », autres « trouvailles » tirées du lexique médiatique (sans limites) de la montée et de la descente.

 

Berné par ces occurrences au figuré, on en perdrait presque de vue l’analogie avec ce bon vieux drapeau en berne, hissé à mi-hauteur en signe de deuil (mais pas replié, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ‘tention).
L’heure du recueillement a sonné : croissance, exportations et patate ne reviendront plus.
A l’énoncé d’« en berne », l’abattement est instantané. Pire, on n’en voit pas la fin. Imaginez un innocent en cellule attendant la révision de son procès ou une bistouquette rabougrie dans l’espoir d’un prochain garde-à-vous. L’effet est aussi désastreux.

 

Si les déclinologues de tout poil ne parviennent pas à entamer votre optimisme à coups de « banqueroute » ou d’« Etat en faillite », « en berne » rappellera à qui veut l’entendre qu’il n’y a pas de quoi pavoiser.

Merci de votre attention.

 

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