Comment affronter des commissures pâteuses ?

 

Au XXIe siècle, vous ne concevez pas que la chose soit encore possible. Encore moins que les victimes ne s’aperçoivent de rien. L’apparition soudaine de barbillons blancs aux coins des lèvres trop bavardes est un mal redoutable qui ronge la société tout entière.
La salive seule, même sécrétée à haute dose, reste à l’état liquide. De quoi est alors constituée cette viscosité mystérieuse ?

On vous le ressasse depuis Aristote, la nature a horreur du vide. Y aurait-il un lien de cause à effet entre formation de matière non identifiée et vacuité du discours ? La science reste coite.

eprouvette

Elle ferait bien de se remuer un peu le train, parce qu’en attendant, les deux gorgones ont bel et bien colonisé les commissures d’en face. Et partent maintenant bille en tête vous hypnotiser. Coaguleront-elles en une seule, obstruant intégralement le clapet avant la fin du speech ? Vous vous évanouiriez avant. Et personne pour vous faire le bouche-à-bouche (surtout pas votre bourreau).

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en interlocuteur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Persuadez la personne de porter un foulard, châle, masque de chirurgien, heaume, casque de moto ou tout autre voile intégral apte à rendre le spectacle supportable tout en laissant passer les sons.

 

♦  Faut pas rêver, un simple verre d’eau ne suffira pas à étancher sa soif de paroles. Emportée par sa logorrhée, elle ne se ménagera pas la moindre pause pour s’humecter le gosier. Discrètement, munissez-vous d’un jet d’eau et aspergez à fond en visant bien dans les coins.

 

♦  Bien que vous ayez ostensiblement mieux à faire, aucune protestation ne vous soustraira au drôle. Feignez l’extinction de voix ; la pitié l’incitera à aller voir ailleurs, au moins temporairement.

 

♦  Le papoteur est totalement inconscient du drame qui se joue – littéralement – sous son nez. Tendez-lui un miroir : il courra au lavabo le plus proche se rafraîchir les idées.

 

♦  Déléguez l’écoute à votre toutou, qui fera aussitôt la fête à son homologue baveur à la langue bien pendue. Sans jamais l’interrompre (sauf pour la promenade).

 

♦  Engagez un dompteur de gorgones qui les matera au cri de « coucouche panier ».

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

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