Prendre

 

Trépaner, chaloir, abâtardir, prendre… Avouez que l’adrénaline vous a saisi les tempes lorsqu’est apparu le visage familier de papa au milieu de tous ces inconnus.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Essayez de passer une journée sans dire prendre. A un moment ou à un autre, on vous prendra en défaut. Lister les locutions ayant pris corps sur prendre prendrait d’ailleurs des plombes. Citons, de manière totalement subjective :

tel est pris qui croyait prendre,
en prendre ombrage,
prendre un enfant par la main,
faire blondir l’oignon,

dont prendre ne fait pas partie mais qui met quand même bien en joie.

Aussi loin que l’on remonte dans notre langue, le verbe est toujours en embuscade. Jugez plutôt : « prendre plait » (« conclure un accord »), page 2 des Serments de Strasbourg, 14 février 842. Soit, excusez du peu, le plus ancien texte français conservé.

 

Si l’on zieute vers nos voisins immédiats, rien pourtant dans le nehmen teuton ou le take anglais ne rappelle notre chouchou guttural. Seul prendere (italien) lui ressemble à s’y méprendre.

Et pour cause, prendere (latin) est un raccourci pour prehendere, qu’on ne présente plus. Les copains, malgré son déguisement, nous avons appréhendé le coupable.
En le cuisinant un peu, il finit par nous livrer prae- (préfixe) et -hendere, radical hérité de l’indo-européen ghend-, « saisir, prendre ». Lequel a donné à l’anglais get (passe-partout comme prendre) ainsi que hand sans doute (bien que personne n’en mette sa main au feu).

 

Prendre trempe encore dans comprendre, dont le substantif fait compréhension puisqu’il revient littéralement à cum prehendere : « saisir ensemble, embrasser » [une situation].
Et, se conjuguant tout pareil, apprendre/apprehendere (« saisir » [par l’esprit]) et surprendre, dérivé de l’ancien français sorprendre (« prendre au dépourvu »). Sans oublier entreprendre et s’éprendre, dans l’ordre que vous voudrez.

 

Impossible enfin de prendre un é pour un er en remplaçant par prendre. Au cas où vous auriez malgré tout l’esprit assez vicelard pour torturer vos terminaisons, allé vous faire pendu ailleurs.

Merci de votre attention.

 

Publicités

Vous diriez même plus :

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s