Lésiner

 

Verbe inexplicablement boudé par nos concitoyens. Car l’humanité se divise en deux camps : ceux qui ne lésinent pas et les pisse-petit.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Au sujet des derniers, les délicieux lésineur et lésineux tombent à point nommé : « (personne) qui lésine ».
Un probable cousinage avec léser, doublé d’une paronymie lointaine avec hésiter, corroborent a priori le sens de lésiner :

ne pas donner à quelque chose toute l’extension souhaitable, ne pas faire bonne mesure de quelque chose.

 

Or, c’est pas ça du tout.

Depuis le premier dico de l’Académie française, il appert que lésiner dérive de lésine, apparu tout début XVIIe au sens d’« épargne sordide ». La faute à une satire italienne de l’époque intitulée Della famosissima Compagnia della Lesina. Autrement dit « la très fameuse compagnie de la Lésine », autrement dit « de l’Alène » ou « Alêne ». Le bouquin en question dépeint une société d’avares qui, rafistolant eux-mêmes leurs chaussures, prennent pour emblème le poinçon de cordonnier ainsi nommé.

 

On connaît nos circonflexes comme si on les avait poinçonnés : alêne = a-les(i)na. Un emprunt au bas francique alisna, ayant inspiré toutes les langues du coin : alena (occitan et catalan), alesna et lezna (espagnol), aal (néerlandais), Ahle (ahlemand), awl (anglais) jusqu’au lesina rital.

 

Moralité : si le cordonnier a mauvaise alêne, n’hésitez pas à lui tanner le cuir en lui rappelant que la peste soit de la lésine et des lésineux.

Merci de votre attention.

 

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