Les impératifs techniques

 

Sans vouloir vous commander, à quoi bon employer l’impératif avec des verbes sur lesquels on n’a pas prise (mériter, décider, mourir, avoir prise…) ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour les verbes d’action, pas de lézard :

Va chercher,

et le clebs s’exécute.

Cette loi d’airain s’applique à tous. A l’exception notable du papy sur la route, sur lequel

aaavaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaance,
mais rrrouuuuuuuuuuuuuuuule !

n’auront hélas aucune portée.

 

Mais c’est avec les verbes d’état que notre libre arbitre montre réellement ses limites.

Soyez pas khôn

n’est qu’un cri d’impuissance. Certainement pas une injonction suivie d’effets.

Dans un tout autre genre, il ne suffit pas de décréter :

bronzons

pour que le miracle ait lieu. En coulisse, c’est la mélanine qui se tape tout le boulot.

De même, ne dites pas :

pullulez

à un groupe d’insectes, notamment à dard.

Dormir ? Si les conditions sont réunies, pas besoin de se faire prier. Mais quand on n’est pas fatigué ? L’hypnotiseur insiste bien :

Dormez, je le veux.

Et n’intimez l’ordre de ronfler ni pendant le sommeil (on ne vous écoutera pas) ni avant ou après (vous n’obtiendrez qu’une pathétique imitation).

Quant à

oublie,

vous pouvez oublier. Même en vidant la mémoire en cache de votre cerveau, un souvenir laisse toujours des traces.

 

Puisqu’elle n’a pas de raison d’être, considérons comme inusitée la conjugaison à l’impératif des verbes d’état. Allez, soyons fous.

Merci de votre attention.

 

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Colle

 

Comme ça, à brûle-pourpoint, colle pose une colle. Contrairement à folle ou molle, elle ne semble dériver d’aucun cou connu. Ce qui nous rappelle que chou et zou n’ont pas de féminin, chou parce qu’une princesse n’a pas d’ennuis gastriques, zou parce que c’est toujours l’homme qui, bon prince, lui signale que hop hop hop on est parti.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Colle :

matière gluante, généralement obtenue par dessication de la gélatine animale ou végétale, et que l’on étend entre deux surfaces pour les faire adhérer l’une à l’autre.

D’accord mais qu’entend-on par « colle forte » alors ? Qu’il y a des colles à deux vitesses.

 

Point de vue sémantique aussi, si ça peut vous consoler. Au sens premier (dès 1268) fait suite la « punition » de l’élève collé (fin XIXe). Imaginez ce que donneraient quatre heures de colle stricto sensu. Ou imaginez-vous dans la peau d’une limace, dont la durée de vie peut atteindre deux berges.
D’où l’expression :

Putain deux ans.

 

A l’origine était le latin des rues colla, « colle », chipé au grec kólla, « colle » (on progresse), de l’indo-européen kel-, « colle » (on touche quasi au but).
D’où l’expression :

Kel pot de colle.

Il suffit de scruter kel- pour voir surgir devant nos yeux zébahis l’argile grand-bretonne clay, de même que la terre glaise et bien sûr notre glu nationale, ce qui colle parfaitement.

 

Restent les dérivés de colle, notamment (princesses toujours) le collant, qui épouse tous les galbes, et le collagène (sous-espèce des demi-princesses), qui donne souvent l’impression d’un mauvais collage.

Quant à nous autres, la gravité nous colle tellement au sol qu’il n’y a guère qu’en avion qu’on décolle.

Merci de votre attention.

 

Comment lire l’avenir dans la forme des nuages ?

 

Vous avez décidé de faire commerce de divination. Noble et saine activité qui consiste à tondre vos moutons de contemporains avec leur aval. C’est donc chez vous qu’ils viendront chercher des réponses à leurs questions existentielles ce qu’ils veulent entendre.

Reste à trouver un attrape-khoûillons moins couru que le zodiaque, les lignes de la main ou la numérologie.

Et si vous essayiez les nuages, ces gros bourrelets de vapeur qui jadis berçaient votre imagination ? Vous n’aurez même pas besoin d’investir dans du matos : tout est là, au-dessus de vos têtes. Il ne vous reste qu’à monnayer vos interprétations ésotériques d’antan. Un jeu d’enfant, littéralement.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en Nostradamus civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  D’autorité, suggérez un chat, symbole de succès en Mésopotamie inférieure. Il y a peu de chances que le gogo vous objecte qu’on est à cinq mille bornes de l’Irak actuel et qu’il ne voit donc pas bien le rapport.

 

♦  Et ce nimbus en forme de dollar ? Signe évident de réussite en Américanie du Nord. Quant à savoir comment le gogo va se faire un gros paquet de blé, ne lui mâchez pas trop le travail, non plus.

 

♦  Si un cumulus en forme de boule de cristal vient à passer, n’hésitez pas à mélanger les disciplines.

 

♦  Ciel couvert ? Faute de pouvoir distinguer un nuage d’un autre, montrez comme vous êtes fortiche : prévoyez un déluge imminent.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

« J’ai testé pour vous »

 

Exceptionnellement, sortons du « 0% de nombril » qui rend ce blog si singulier avouez. Aujourd’hui, j’ai testé pour vous la formule « j’ai testé pour vous ».

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Afin de dissiper tout malentendu, pas question de moquer ici la chose testée, qui passionne généralement trois péquins. De la dernière version du dernier bidule de chez Truc (pour les mâles) aux mérites comparés du beurre de karité en milieu ridulé (pour les filles du sexe féminin) en passant par tel ou tel hôtel de la côte, peu importe.
Ça n’importe même pas du tout.
Pour être exact, l’intérêt de ce genre de tests confine au néant. Celui-là même où nous retournons illico après avoir gaspillé notre temps fait nos petites affaires.

C’est surtout ce « pour vous » qui frappe. Que le testeur teste, après tout, on ne lui en fera pas grief. Mais lui en est-on redevable ? Et au nom de quoi son expérience vaudrait-elle pour tous ses semblables ? Autant vous virer de la cabine d’essayage, enfiler des fringues « pour vous » et décréter qu’elles vous vont à ravir.

Y’a pas besoin de relire les grands penseurs : si tout est affaire de subjectivité, dire « j’ai testé pour vous », c’est s’ériger en détenteur du bon goût. Et en prescripteur de toute une communauté (les trois pelés de tout à l’heure donc). Pour le sujet, c’est se donner l’importance que n’a pas l’objet. On connaît des empereurs autoproclamés plus légitimes.

 

Quand le testeur publie ses pseudo-résultats dans son coin, encore, on peut le prendre en pitié.
Mais chez le critique, dont le métier consiste à livrer son verdict à grands coups de dithyrambes et de phrases à l’emporte-pièce ? Pour ne rien arranger, lui fait tout pour ne pas dire « je », ce serait trop voyant.

 

D’ailleurs c’est bien gentil mais si un deuxième larron « teste pour vous », lequel croire ?
Pour vous faire une meilleure idée (et ne pas rogntûdjû donner l’impression d’être d’accord avec le dernier qui a parlé), testez pour vous, déjà.

Merci de votre attention.

 

Fascinant

 

Autant l’étymo de fascinant est fascinante, autant celle de parthénogenèse ne s’avère pas particulièrement parthénogenèse – bien que le processus soit fascinant en tout point.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Subjuguer nous avait déjà fait le coup : l’objet de fascination tourneboule. Dans la durée cependant. Car si le coup de foudre subjugue, l’être aimé fascine en dépit du temps qui passe.

 

Le bougre apparaît sur le tard, fin XIVe. Jusque-là, au lieu de fasciner, on se contentait de fesnier. Le verbe latin était pourtant limpide : fascinare, « faire des charmes, des enchantements », en vertu de fascinus, « charme, enchantement » (ben tiens), d’origine obscure (ben tiens).

Certains y voient un rejeton du grec ancien baskanos, « calomnie, jalousie », né du verbe baskaínô, « ensorceler, calomnier ». Avec l’influence du latin fari, « parler », qui donne le fameux fameux, ainsi qu’emphatique. Un peu capillotracté vu comme ça.

D’autres ne jurent que par l’indo-européen bhasko-, « tas, petit fagot », qui préfigure faix, faisceau et donc fascisme. Fascinant, en un sens.
Surtout si on considère l’« amulette en forme de phallus » qu’était le fascinum. Un peu poildekhoûillotracté vu comme ça. Sauf à considérer que le membre viril est charmeur par nature. On voit déjà des filles du sexe féminin faire leur moue « ça dépend lequel ».

 

Restons-y, puisque vous y tenez. Avant de devenir la bâche de toile qu’on connaît, bhasko- avait engendré le vieux françois bache, « caleçon de femme » ainsi que baschoe, baschoue, « hotte de bois ou d’osier ». Autant dire le « panier » de basket.
Proprement fascinant, n’est-il pas ?

 

Notez enfin que l’inverse de fascinant est pas fascinant, ce qui en dit long sur l’épithète.

Merci de votre attention.

 

« Péter une pile »

 

L’être humain « pète une pile » dès qu’il en a l’occasion. S’il savait ça, le père Volta se retournerait dans sa tombe. En respectant le sens de polarité. En tout cas, sans « péter une pile » le moins du monde, puisque c’est physiquement impossible.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Jusque-là, dans le registre du pétage de plombs, « péter un câble » et « péter une Durit » se taillaient la part du lion. Cette dernière expression ressuscitait même un tube de caoutchouc dont le seul charme reposait sur l’orthographe un rien retorse.

Sans doute ne suffisait-ce point à notre bonheur puisqu’on crut bon de mêler les piles à tout ça. En leur accordant la même légitimité qu’aux câbles ou aux flexibles susmentionnés. Grave erreur.

 

Car, chacun peut le constater, une pile est parfaitement impétable. Tâtez son armature en dur. Il faudrait se lever aux aurores pour en venir à bout. Seuls ceux qui assemblent des piles ont l’honneur d’en voir les deux moitiés. Les autres en seront quittes pour s’acharner comme des khôns toute leur vie durant – parfois sur la même Duracell.

Et, à supposer que la chose soit faisable, c’est l’image elle-même qui est insensée.
Que dit-on d’une pile qui lâche ? Qu’elle est « morte ». Aux antipodes des étincelles censées surgir d’un quelconque pétage.
Chez celui qui « pète un câble » au moins, les dégâts sont patents : il sort de ses gonds. Rupture de câble = tous aux abris. Mais pour une LR6 AA 1,5V ?

 

On peut contester le plus rare « pétage de boulon », vu la nature intrinsèque du boulon. N’empêche, il conduit immanquablement à la fureur de la machine. Privée de pile, celle-ci se contentera de bouder.

 

De toute façon, vu le métal contenu dans les piles, il n’est dans l’intérêt de personne d’en péter. Aussi, calmos.

Merci de votre attention.