Comment détecter les saisons ?

 

Nos anciens le déploraient déjà dans leur barbe : y’a plus de saisons. Plus l’apocalypse approche, moins on peut leur donner tort.

En voulant changer la face du monde, vos semblables n’auront réussi qu’à dérégler le climat.
Résultat : la saison ne se voit plus à la couleur du ciel (mauve), ni au mercure (dans le mauve), encore moins aux fruits et légumes qui n’ont de saison que le nom.

 

Une année n’étant qu’un cycle de quatre saisons, comme disait Antonio Vivaldi lorsqu’il jouait encore avant-centre dans la pizzeria familiale, si elles disparaissent, comment savoir, à terme, en quelle année vous êtes ? Heureusement, les calendriers à double fond signalent que celle-ci s’achève avec l’avènement du divin chiard.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en terrien civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  L’hirondelle étant une espèce en péril, ne comptez pas sur elle pour faire le printemps. Observez plutôt les cocotiers s’accoupler en forêt de Gennevilliers.

 

♦  Jadis infaillible, le tube de l’été ne se distingue même plus du tube de merde qui vous est proposé le reste du temps. Pour les deux ou trois millions d’années à venir, vous ne repérerez l’été qu’à une chose : le Tour de France.

 

♦  L’automne ? Il commence quand les cocotiers perdent leurs feuilles, allons voyons.

 

♦  Enfin, n’associez pas naïvement hiver et doudoune. Souvenez-vous qu’en changeant d’hémisphère, tout est inversé. Entre votre solstice et celui d’Australie : six mois d’écart. Comme c’est le laps de temps qu’il faut pour y aller (et encore, en marchant d’un pas décidé), ne partez pas en hiver, vous ne connaîtrez jamais l’été australien puisque là-bas ce sera de nouveau l’hiver. En bref : chaque fois que vous ne partez pas en Australie ou que vous arrivez en Australie, c’est l’hiver, ce qui est un bon moyen mnémotechnique.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

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Comment tourner un lapsus à votre avantage ?

 

Que vous soyez puissant ou misérable, votre langue fourchera avec une régularité helvétique. Z’aurez beau jurer à la cantonade que ce n’est pas ce que vous vouliez dire, tout le monde saura au contraire précisément ce que vous vouliez dire.

Le lapsus est révélateur, depuis l’oncle Sigmund. Pléonasme que n’aurait pas renié La Palice.

 

Certes, dans le cadre privé, « casse ton bac d’abord » et autres « passe-moi l’ciel » prêtent plus à sourire qu’à conséquence. Mais face à l’auguste assemblée buvant vos paroles, évitez de conclure votre envolée d’un « vive la Flance » qui réduirait à néant tous vos efforts de persuasion.

 

Puisque vous n’êtes que le jouet de votre inconscient (porte bien son nom, çiloui-là), autant l’assumer à fond et vous décharger de toutes les saloperies qui vous passent par la tête sur l’air du c’est-pas-moi-c’est-lui.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en ex-faux-derche civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Au moment de prendre congé d’un boulet, faites-lui sentir dans un grand sourire que « à bien tard » est une formule sans équivoque.

 

♦  Lorsqu’on soumet une nuisance sonore à votre sagacité de mélomane éclairé, au lieu de partir d’un paradoxal « non c’est pas mal », écoutez votre conscience : « oui saagace bien ».

 

♦  Au terme d’âpres négociations, félicitez-vous de l’accord « gagnant-perdant » venant d’être trouvé. On louera votre franchise. 

♦  Le jour où, recevant votre homologue dictateur, on vous presse d’évoquer les droits de l’homme entre la poire et le fromage, rappelez-lui que « là où y’a d’la gégène y’a pas de plaisir ». Vous lui aurez dit son fait sans en avoir l’air.

 

♦  Si vous ne pouvez tempérer vos ardeurs en galante compagnie, le mot lapsus lui-même vous tirera de bien des situations embarrassantes.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment arrêter de zapper ?

 

Au temps préhistorique, une seule chaîne suffisait au bonheur de l’Homme. Monopole des pionniers bientôt brisé par l’arrivée d’une deuxième chaîne, elle-même concurrencée par une troisième, etc.
Il fallut donc trouver un moyen de passer de l’une à l’autre sans bouger de son siège (car l’Homme n’aime rien tant qu’à se vautrer).

C’est alors que, tîn-tîîîîîîîn, apparut la télécommande. Et avec elle la possibilité pour vous de décider qu’un programme mérite votre intérêt ou votre indifférence, dans un laps compris entre sept millièmes de seconde et un souffle las.

Depuis, vous jouez de la zappette malgré les injonctions débiles (« Ne zappez pas ! ») et les abus de langage (« on tourne une page de publicités »).
Et plus large est l’éventail, moins vous éprouvez de remords. Voilà ce que la zappette a fait de vous : un être froid et sans pitié.

 

Mais votre pouce ne vous donne que l’illusion de la mise à mort. Car tout ce à quoi vous passez outre continue d’être diffusé.

Ne confiez pas au bouton + ce qui vous reste de temps de cerveau disponible.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en téléspectateur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  La dictature de la zappette est telle que vous la conservez par-devers vous quand bien même vous suivez l’émission. Une simple amputation suffit généralement à y remédier.

 

♦  Vous pouvez aussi retirer les piles et leur trouver une cachette assez dissuasive pour prévenir toute récidive : placard du haut, vide-ordures, estomac…

 

♦  De même que votre radioréveil est réglé sur une station unique, ne changez plus de chaîne jusqu’à ce que mort s’ensuive. Cette méthode radicale prend parfois le nom de « mariage ».

 

♦  Une fois la totalité des canaux passée en revue, les plus compulsifs n’hésitent pas à repartir pour un tour. Pathologie pouvant aller jusqu’à quarante-sept minutes de zapping ininterrompu. Trompez l’ennui plus utilement en réfléchissant à ce que vous aimeriez voir dans la petite lucarne.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment fêter dignement son anniversaire quand on est une sauterelle ?

 

Vous avez rameuté tout le quartier, prévu des victuailles en nombre, en un mot, pris vos dispositions pour fêter votre anniversaire.

Premier problème : vous êtes une sauterelle verte. La notion d’anniversaire vous est donc parfaitement étrangère, comme du reste celle de calendrier.
Deuxième hic : votre longévité n’excède pas l’été. Dans ces conditions, le terme d’« anniversaire » n’est-il pas un brin galvaudé ?

Justement, la vie belle saison est trop courte pour se priver de chouilles à tout casser.

 

Selon des modalités restant toutefois à définir. Evitez l’anthropomorphisme façon cartoon du pauvre, où chaque convive rirait fort, boirait beaucoup, au son d’une musique déchaînée. En tant que tettigonia, vous êtes sûrement plus maligne que ça.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en orthoptère civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Vous avez tout le jardin pour vous, profitez-en. Prudence tout de même avec le barbecue, la chair de sauterelle grillée s’accommode mal avec les poivrons.

 

♦  Organisez dans l’allée du garage un cricket géant. Rigolade garantie.

♦  Au lieu de singer les bamboulas existantes et jouer à qui vomit le plus loin, défoulez-vous plutôt à échappe-prédateur, avec dame Nature pour seule juge. Rigolade garantie derechef.

 

♦  Si réellement vous êtes une sauterelle, il est peu probable que vous lisiez ces lignes. Encore moins que vous ayez besoin de conseils pour striduler comme il se doit « joyeux anniversaire ».

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

A quoi repérer l’artifice ?

 

Dans un monde d’apparences et d’illusions, démêler le vrai du faux n’est pas chozézé. La vie elle-même est un songe, écrivait Calderon. Si tant est qu’il l’ait écrit.
C’est qu’il en faut beaucoup pour déjouer les trompe-l’œil, miroirs aux alouettes et autres fake news chausse-trapes que l’humanité vous tend. Rationalité imperturbable, sens critique en béton armé, assortis d’une solide culture générale.

Sans oublier l’expérience. Il fut un temps pas si lointain où l’on vous ressuscitait le nez avec un pouce coincé entre les doigts. Aurait-on omis de vous expliquer le truc que vous gambergeriez encore, avouez.
Sur leur lit de mort, d’aucuns réclament encore l’aumônier. C’est assez dire qu’il n’y a pas d’âge pour croire aux chimères.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en dindon civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Quand l’artifice est dans le nom, c’est facile (pour ne pas dire chozézé) : un « feu d’artifice » annonce la couleur. Ce qui ne vous empêchera pas de vous extasier oh la belle verte. Mais si ce « feu de poubelle » ou cette quatre-fromages au « feu de bois » semblent authentiques, qui vous dit que ce « feu follet » n’est pas un abus de langage ?

 

♦  Au cours de votre feuilleton préféré, des rires vous parviennent par vagues, régulières et disproportionnées. On parle alors de « rires enregistrés ». Moyen infaillible de les reconnaître : ils vous dispensent de rire vous-même, voire de vous forcer à rire quand ce n’était pas drôle.

 

♦  Décidément, vous ne savez plus à quel sein vous vouer, surtout s’il est en plastique. Ne vous focalisez ni sur la consistance, ni sur les balafres dans la région costale. Fixez plutôt le regard de la mutilée. S’il est aussi expressif que celui d’un mannequin en vitrine, la sincérité des roploplos est sujette à caution.

 

♦  De même, les poissons panés ne naissent pas carrés ni même en forme de poisson (habile stratagème pour instiller le doute). Vous repérerez la supercherie au slogan « Croustibat, qui peut te batt’ ? », dont le succès a contre toute attente permis aux créateurs de s’offrir des vacances sur des littoraux paradisiaques où ils ont pu déguster de vrais poissons grillés au crépuscule.

 

♦  Plage toujours : et l’océan qui vous fait face ? On vous a déjà fait le coup des lacs artificiels, plus turquoise que nature. Vu l’étendue d’eau cette fois, il est peu probable qu’on ait irrigué tout ça juste pour que vous y crawliez mollement. Si toutefois l’horizon se pare de teintes irisées, c’est le « sixième continent » qui flotte sous vos yeux, formé déchet après déchet par vos semblables.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment épier l’homme invisible ?

 

Part sans payer, ne dit pas bonjour, met ses coudes sur la table… Ne nous voilons pas la face : l’homme invisible est une belle raclure qui profite du système sans être inquiété. Ne mérite-t-il pas de croupir dans une geôle sans autre forme de procès ?

Les meilleurs sont sur le coup : vous êtes affecté à sa surveillance.

Evacuons de suite la question de votre planque. Sachant que vous ne pouvez discerner les réactions du drôle, vous ne repérerez même pas qu’il vous a repéré. Autant donc choisir un endroit d’où aucun de ses faits et gestes ne vous échappera sans vous soucier de votre propre discrétion. Idéalement sa salle de bain, en vous faisant passer qui pour le plombier, qui pour l’architecte d’intérieur.

 

Encore faut-il que l’intéressé vienne vous ouvrir habillé pour la ville : bandelettes, chapeau, lunettes noires.

Car souvenez-vous que, dans l’intimité, l’homme invisible n’est reconnaissable à rien. Ce qui rend non seulement sa traque mais aussi son identification pour le moins hasardeuse.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en espion civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Comme tout un chacun, l’homme invisible a le téléphone portable vissé au corps. Grâce à la merveilleuse technologie du gépéhès, vous n’aurez plus qu’à le cueillir. Reste à trouver le moyen de lui passer les menottes.

 

♦  Déguisez-vous en femme invisible. Il n’y verra que du feu. Reste à trouver le moyen de lui passer les menottes.

 

♦  Profitez du sol neigeux ou boueux pour le suivre à la trace. Un aimant judicieusement placé lui fera par exemple perdre ses clés. Lorsqu’il reviendra sur ses pas, vous assisterez littéralement au retour de la momie.

 

♦  L’homme invisible a pour habitude de se balader les gonades à l’air (et il aurait tort de se priver). Or, pour être invisible, il n’en est pas moins homme. Vous qui inspectez ses sanitaires, rappelez-lui que bite invisible ou pas, ce n’est pas une raison pour en foutre la moitié à côté.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment se ranger par deux dans une classe à nombre impair ?

 

Sitôt la récré finie, la maîcresse vous enjoint à vous mettre en rang deux par deux. Or, tous les préaux abritant des effectifs impairs, la manœuvre est vouée à l’échec une fois sur deux.
Passons sur le malentendu dans le cas où vous vous appelleriez Depardieu et où vous prendriez toute la place hein quoi qu’est-ce qu’y a.

Ne pas faire de vagues, vous ne demandez pas mieux, à condition que les maths y mettent du leur. Discipliné, d’accord. Bête, non.

Comment faire comprendre que vous n’êtes pas moins sociable que les autres ? Et que vous ne méritez ni d’être mis(e) à l’index ni de devenir l’objet de la vindicte ? Encore plus cruel que les chaises musicales, comme situation.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en mouton noir civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Exigez du rectorat que tous les effectifs soient pairs. Ça a l’air impossible mais il suffit de faire passer un élève d’une classe impaire dans une autre pour obtenir deux classes paires (et bien rangées).

 

♦  Faites un roulement. Vous donnerez la main à un voisin différent chaque fois, ce qui vous ouvrira des perspectives quant à vos futures conquêtes.

 

♦  Pour la maîcresse, cette histoire de rang est moins une manière de mesurer son autorité que de recompter ses ouailles. Vous lui faciliterez la tâche en rompant ostensiblement la symétrie, signe que le compte est bon. Attention, ruse improductive si tous vos petits camarades en font autant.

 

♦  Epatez tout le monde avec votre science des divisions. Si la classe compte 27 éléments, rangez-vous par 2,076923076923077 par 2,076923076923077 ou 1,928571428571429 par 1,928571428571429.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.