Fulgurance #176

Les sportifs de haut niveau « négocient un virage ».

Décidément, on n’est pas foutu pareil.

 

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Comment doubler son salaire ?

 

En le multipliant par deux.

 

Mise à l’épreuve

 

Tendez l’oreille : sans raison particulière, certains orateurs n’hésitent plus à s’asseoir sur la conjugaison du verbe mettre dans une locution.

Au hasard :

les mesures qui ont été mis en place.

Tout zig normalement constitué ne saurait plus où se mettre.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Naguère encore, nous profitions de l’aubaine pour faire la liaison toutes babines retroussées :

les mesures mises en place = [zz].

Dorénavant, c’est comme si le groupe verbal était considéré comme un tout invariable. Sans doute – mal du siècle – parce que ça va plus vite. Que la chose soit au singulier ou au pluriel, au masculin ou au féminin, c’est égal : elle est « mienplace », point.

 

A trop considérer notre patois comme une entité extérieure à nous, trop compliquée pour en assimiler les codes (alors même que nous le parlons du lever au coucher du soleil), pas étonnant qu’on en arrive à des aberrations pareilles, les poteaux. Voyons les choses en face : les règles élémentaires sont miàsac dans l’indifférence générale.

 

Catastrophe nationale plus grande que la misère, le climat et l’accent grand-breton réunis, l’accord des participes passés vient d’entrer dans une nouvelle ère : la terminaison unique. On se souviendra que c’est tombé sur mettre.

Alors que hein, au risque de se répéter, il suffirait de remplacer par prendre pour toucher du doigt l’absurdité à chaque fois :

les mesures qui ont été prises

et donc

mises.

 

Si les troubles persistent, faites-vous amputer la langue sans anesthésie. Ça vous remettra les idées en place.

Merci de votre attention.

 

Tige

 

Suite à l’étymo de coton, nous avions laissé coton-tige en rase campagne. Lavons l’affront et procédons sans plus attendre à l’examen de tige.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour faire simple, est considérée comme tige la « partie axiale de la plante ».

D’où le sens figuré, désormais perdu :

premier père, fondateur d’où sont sorties toutes les branches d’une famille :
La tige capétienne.

D’où l’encore plus has-been « faire tige » (« avoir une descendance »), qui n’a guère fait tige que dans la chanson fétiche d’Alain Bashung Faire tige de l’amour.

Puis par analogie :

élément long et mince, de section généralement circulaire, appartenant à un mécanisme.

Les métaphores coquines ayant tôt fait de fleurir (ta-ta-ta, on vous connaît), il fut un temps où l’on pouvait même se faire

brouter la tige,

le cas échéant par une belle plante, dans une mise en abyme qui vaudrait le détour si elle ne nous éloignait outrageusement du sujet.

 

Equivalent de « tronc » au début du XIIe siècle, tige pousse sur le latin tibia. Ce qui, a priori, est à se tenir les côtes. Mais tout bien considéré, ce cher os, par son côté longiligne, n’évoque-t-il pas une tige dans toute sa splendeur ?
Racine indo-européenne tuibh (« creux ») qui nous a permis au passage de siphonner leur siphon aux Grecs.

 

Le passage de tibia à tige, lui, se perd dans la nuit des temps. Mais il est bon parfois de préserver le mystère, surtout quand on songe aux « coton-tibias », « tibia capétien » et autres « faire tibia » auxquels nous avons échappé.
Quant à se faire « brouter le tibia », on en frissonne rien qu’à l’idée.

Merci de votre attention.

 

Le play-back

 

Si vous lisiez ce billet en play-back, vous y prendriez moins de plaisir puisque ce serait pour de faux.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A chaque passage télé, même foutage de gueule : l’artiste chante en play-back en tâchant de faire croire (avec toute la conviction de la main qui ne tient pas le micro) que la performance est en direct.
Mascarade particulièrement flagrante lors d’un fondu (ou fade-out, comme disent les Angliches). Quand le son diminue, il faudrait déjà la mettre en sourdine comme un seul homme jusqu’au silence complet, dans la vraie vie. Au lieu de quoi les zigomars continuent de zigoter devant la caméra.
Simuler l’orgasme à côté mériterait une auréole, et pas le genre d’auréoles auquel on pense de prime abord.

 

La ruse a beau être éventée depuis l’invention de la bande-son, on ne s’en offusque plus. Est-ce à dire que le play-back permet de gagner du temps ? Pas pour les roadies en tout cas, contraints de déplacer l’intégralité du barda pour des nèfles à seule fin d’entretenir l’illusion (excepté les câbles dont, vous ferez gaffe, la moitié n’est pas branchée. Et pour cause).

Certes, la chanson sonne comme sur le disque puisque c’est le disque. Mais songez à l’effort de concentration pour rendre naturel le mouvement des lèvres (ou lip-syncing, comme disent les Angliches). Essayez devant votre glace. L’exécution de la ritournelle à pleine voix ne serait-elle pas plus reposante ?

 

Et d’ailleurs, que n’en fait-on autant sur les planches ? Envoyer la purée des coulisses éviterait les affres du trou de mémoire au moment d’attaquer la tirade de Cyrano ou le monologue d’Hamlet.

 

Le play-back est au spectacle vivant ce que le micro-ondes est à la cuisine : du prêt-à-consommer.

Merci de votre attention.

 

Cicatrice

 

Marque laissée par une blessure ou une plaie après la guérison.

Sans trahir cette définition, croûtes, ridules, pattes d’oie ne sont-elles pas elles aussi, dans leur genre, des cicatrices ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’adjonction répétée de l’épithète vilaine n’entame en rien la majesté de cicatrice. De fait, nous passons notre temps à cicatriser jusqu’à obtention d’une cicatrice – à condition que le bobo soit cicatrisable.

Cuistots, apprenez aussi que cicatricule désigne la

petite tache blanche sur le sommet du jaune des œufs d’oiseaux désignant la place du germe.

Autant dire le germe hein. Ou, synonyme pour synonyme, le blastoderme. Ou cumulus proligère. Ou disque germinatif. Autant de vaines tentatives de parvenir à la cheville de la consœur susnommée.

 

L’étymo est peu diserte au sujet de la belle. Avouons-le : on ne sait pas très bien comment on s’est fait ça. Tout juste la remarque-t-on en 1314. Il faut dire que son sens et sa sonorité sont rigoureusement identiques au latin cicatrix, dont on suppute qu’il signifie à l’origine « bandage, pansement », par accointance avec le verbe cingere (« ceindre »), qu’on a déjà bien cerné.
Pour le reste, il semble qu’il faille s’en remettre à tricae, « tracas », dont sont issus tricher, intrigue, inextricable et l’anglais trick.

Le tout forme un « bandage de blessure » confondant de vérité. Il est vrai que les « bandages juste pour le plaisir » sont réservés aux grands malades.

 

On pourrait croire qu’elle n’est là que pour nous rappeler nos gadins, accidents bêtes et autres moments d’inattention.

C’est oublier que la nature a horreur du vide.
Voilà la raison d’être de la cicatrice.

Merci de votre attention.

 

Fulgurance #175

La laisse parcourt la même distance que le chien.
Idem pour le propriétaire du chien et de la laisse.
L’un d’entre eux ne pourrait-il s’épargner le voyage ?