Où étiez-vous le jour de votre naissance ?

 

Le souffle de l’Histoire vous électrise à chaque événement majeur survenant de votre vivant. Vous savez ainsi où vous vous trouviez lors du premier pas sur la lune, certain 11e jour de septembre ou lors de la dernière victoire d’un Français à Roland-Garros, selon la génération qui vous a vu naître.

Précisément, comment se fait-il que vous ne gardiez aucun souvenir du moment où vous vîntes au monde ? Etiez-vous occupé(e) à ce point ?
Consultez une population donnée sur la question, vous aurez invariablement affaire à 100% d’amnésiques.

 

Pas croyable, une distraction pareille. Il s’agit de votre entrée en scène, je vous rappelle – un jour à marquer d’une pierre blanche.
Retrouver des témoins capables de vous rafraîchir la mémoire s’impose.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en ex-nouveau-né civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Si vous avez partagé le placenta en colocation pendant neuf mois, demandez à votre jumeau de vous refaire le topo, il était aux premières loges.

 

♦  On peut dire que vous lui devez une fière chandelle. Mais – inconséquence, quand tu nous tiens – vous avez perdu tout contact au sortir de la maternité ! Lancez-vous à la recherche de la sage-femme, il n’est jamais trop tard pour exprimer votre gratitude.

 

♦  Prenez soin de tout consigner dans un journal intime dès le premier jour. Contrainte qui au surplus apportera à votre autobiographie une authenticité inattaquable.

faire-part-naissance

♦  Gardez le faire-part de votre naissance comme pièce à conviction. La candeur touchante avec laquelle vous y déclinez noir sur blanc vos type et identité garantira la sincérité de l’alibi.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Amalgame

 

Les pères la morale et autres gardiens du temple nous le caquètent assez : il faut se défier des amalgames. Ne manque plus que l’écriteau « attention à l’amalgame » pour concurrencer le « chien méchant » au chapitre dissuasion.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dans la torpeur d’après 11 septembre, cette chasse à l’amalgame semble s’être muée en authentique braconnage. Tout juste prononçait-on le i d’islam qu’un bretteur rompu à la dialectique de plateau vous rabrouait à grand renfort de :

pas d’amalgame !

 

En 2003, Bedos débutait son spectacle par une pique à l’éclairagiste :

Il s’appelle Mouloud mais, vous savez, il est comme nous !

Puis, sans rancune :

Salut Mouloud ! Pas d’amalgame !… On entend ça partout en ce moment mais personne sait ce que ça veut dire.

Dans ces cas-là, Guy, l’étymo nous garde de tout mélanger.

 

En nous rappelant d’entrée combien la langue est cocasse : amalgame est un mot arabe. L’article al lève le voile illico sur cette origine, qu’on retrouve notamment (poilade quand tu nous tiens) dans alcool et alcôve. « Amal al-gamaa » – car c’était lui – signifie à la virgule près « œuvre de l’union charnelle ». C’est pas le jour du Prophète, décidément. Comme on sait, les chimistes s’en sont emparés pour désigner un alliage de métaux, par analogie avec la fusion des corps. Même esprit vicelard derrière les fourneaux, où l’on mêle intimement ses ingrédients (d’où le délicieux verbe d’amalgamer).
Pour nous autres occupés à des métiers normaux, un amalgame combine des éléments souvent hétéroclites.

 

Comment a-t-on pu passer de ce mélange harmonieux à la confusion des genres, au raccourci, au rapprochement douteux ? Luttons contre l’emploi dévoyé d’amalgame ! Fi de l’emporte-pièce ! Sus aux débats auto-tamponneuses ! Qu’une pensée éclairée surpasse la somme de nos certitudes respectives !

A propos, qui vous a fourré dans le cockpit que soixante-et-douze filles aux yeux noirs vous seraient servies sur un plateau nuage ? Mes cochons, si je puis me permettre, vous prenez vos désirs pour des réalités. Pas d’amalgame ! On ne saurait s’amalgamer que sur des matelas en dur.

Merci de votre attention.