Aux chiottes les soldes

 

Revenant bredouille des deuxièmes démarques, on se console à l’idée que « les soldes sont loin d’être finies ». De même, la cantonade est avertie du lavage des waters à grandes zeaux au cri de : « les chiottes sont faites ». Elle n’a pas intérêt à s’oublier dans les coins.
En attendant, personne n’est franchement fixé sur le genre.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Il est vrai que les soldes sont tellement associé(e)s aux filles du sexe féminin que nous nous faisons régulièrement avoir tels des bleus. Parce que, quoi qu’il nous coûte de l’admettre, solde est masculin quand il désigne ce qui nous reste sur les bras, comme dans

pour solde de tout compte.

De son côté, la solde existe. Mais c’est un sosie, dont la ressemblance est d’autant plus troublante qu’on nage toujours en plein pognon :

– L’ARGENT ?
– L’ARGENT !
– LA SOLDE EST ARRIVÉE !

Contrairement à son homonyme apparenté à solide, celle-ci est de la famille de sou. Pas étonnant qu’on la chouchoute, surtout au pluriel.

La sortie de l’ornière ? C’est par là.
Etymologiquement, solde au féminin est tout bonnement le salaire du soldat, qui n’a stricto sensu rien à foutre dans un magasin vu qu’il n’aime que le kaki – et encore, taillé sur mesure.

 

Et pour chiottes ? Féminin comme des chiots femelles, impossible de se tromper.
Pourtant, mettez-les au singulier. Lors du bilan des travaux, vous vous surprendrez à évoquer la fameuse fois où vous aviez refait « le chiotte ». Pour un mot de chiotte, c’en est un.

Afin de lever le moindre doute, pensez à pissotière. A la fois classieuse et familière, elle vous inspirera une « chiottière » que personne ne viendra vous piquer, vu qu’elle n’aime que le kaka – et encore, taillé sur mesure.

Merci de votre attention.

 

« Selfie »

 

Comme disait le vieux McLuhan un jour où il avait tout pigé : « le message, c’est le médium » [au sens de média hein, pas de « Mme Irma »]. Il était donc couru d’avance qu’on se tirât le portrait à bout de bras (et à tout bout de champ) dès que la chose fut techniquement possible. Plus besoin d’autrui pour exister dans son regard : le « selfie » était né.

Mais revenons à nos moutons, faces de canard.

Coudoyez un pote, une célébrité, posez devant un tableau connu, ne reculez devant rien, du moment que vous prenez toute la place sur la photo. Mais assez bavé du fond, c’est après la forme qu’on en a.
Car, à moins de nager dans l’erreur, « selfie » est le petit nom de self-portrait. Et qu’est-ce qu’un self-portrait sinon un autoportrait, de ce côté-ci de la plage ?
« Selfie » parvient donc sans qu’on moufte à se substituer à un mot existant jusqu’à le faire disparaître. Disons-le tout net : it’s a shame.
Avouez d’ailleurs qu’à autoportrait, vous avez tiqué : il rancit déjà. Mais quelle noblesse, comparé à « selfie » !

 

C’est que le vilain a les défauts de ses qualités, ou l’inverse :

– branché (à croire que tout ce qui est « en avance » vient de l’anglais) ;
– court, par la grâce du diminutif. Mais imaginez qu’il faille abréger autoportrait. En se basant sur « selfie », ça donnerait « autonou ». Craignos, les atours.
– ce petit suffixe indique surtout l’aspect « jetable », anecdotique du résultat. C’est dire la valeur qu’on lui accorde. Sans parler du temps, n’excédant jamais la longueur du bras déclencheur.

 

Vingt contre un que « selfie » s’impose dans toutes les langues où il a un équivalent. Si le principe n’a rien de nouveau nulle part, pourquoi importer le même mot partout ?

 

Sur cette lancée, traduisons de ce pas des trucs aussi innocents que plat du jour, 2èmes démarques ou airelles, qu’on rigole (à moins que ça ne soit déjà fait ? beuh).

Merci de votre attention.