Mitoyen

 

Pouvez chercher, la seule rime riche à citoyen est mitoyen. C’est pourquoi on entend si peu de poèmes vibrants en politique.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Sous ses dehors terre-à-terre, mitoyen reste une énigme. Seul autre exemple où l’on se sert de mit- comme d’un fer à souder : concomitant. En même temps, si mitoyen était construit comme citoyen, il viendrait de « mité ». Celle-ci n’ayant droit de cité dans aucun dico, ça doit être une erreur.

 

Changeons de point de vue.

Deux maisons ne peuvent être mitoyennes que si elles ont un mur mitoyen. Et où est-il, çiloui-là ? Au milieu, par définition.
Désolé de vous couper la chique mais la contiguïté qui caractérise mitoyen n’est rien à côté de sa situation géographique, soit pile à la moitié.

On le voit mieux dans le mittoen de 1355 : « qui est au centre, entre deux éléments ». Déformation, avec le préfixe mi, de moitoien. Les efforts de l’ancien français pour pondre un adjectif sur moitié sont d’autant plus touchants que c’était pas la peine : moyen existait déjà.

 

Moyen, moitié, mitoyen et consorts descendent du latin medius, aux poutres apparentes dans médiateur, médian, médium et média (moyens d’information et de communication), médiéval (qui touche au Moyen-Age), médiocre (dans la moyenne), immédiat (sans intermédiaire) et bien sûr dans le doigt du même nom (n’y voyez rien de personnel). Middle anglais, Mittel allemand, les voisins font rien qu’à copier, c’est bien connu.

Retour à la maison, que mitoyen se partage avec la cousine mezzanine, coincée entre deux étages.

 

Libre à vous de former une contrepèterie sur

Mes chers concitoyens.

Merci de votre attention.

 

« Réduire de moitié »

 

L’époque étête, écorche, équeute, soi-disant pour aller plus vite. Dans ces conditions, comment expliquer qu’aucun verbe du XXIe siècle ne signifie « réduire de moitié » ? Ça réduirait de moitié le temps perdu à le dire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Réduire à néant : anéantir. Un soupçon : atténuer. Petit à petit : amenuiser.
Et pour les stades intermédiaires, nada ? A moins que le concept de moitié ne gêne aux entournures ?

Qu’« ademier » peine à s’imposer, encore ; accointances avec anémier, confusion possible avec admettre… Admettons.
Mais, sans aller chercher un néologisme à deux ronds, rien n’empêche de « mi-réduire ». Les futures générations se feront même une joie de le réduire en « miréduire », comme midi et minuit.

Et « mi-réduire », ce serait encore « mi-garder », selon qu’on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide.

 

Parce qu’à force de ne voir en réduire que du négatif, le problème reste entier. Tricher à moitié, c’est toujours tricher. Mentir à moitié, idem. Enfreindre, n’en parlons pas. Et on ne déconne qu’à moitié.

 

Pourquoi pas « moitier », tout simplement ? Vif, inaltérable (on ne peut lui prêter aucun autre sens) : le compagnon idéal.

Et peinard à conjuguer, avec ça :

Il a réussi à moitier son poids.
Tu me moitieras tout ça pour demain matin.
Qui aime bien moitie bien.

On voit l’écueil : « moitier » deviendrait vite synonyme de « diviser par deux ».
Ou de « multiplier par 0,5 », selon qu’on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide. Auquel cas on pourra faire une place à « antidoubler », y’a pas de raison.

 

La semaine prochaine, nous nous attaquerons à « enfourner à mi-hauteur ».

Merci de votre attention.

 

Fulgurance #122

Première mi-temps, mi-temps, deuxième mi-temps.
On a beau refaire le calcul, quel que soit le sport, tout guillemet à « troisième mi-temps » est une arnaque.

Lacets défaits

 

Si vous doutiez du je-m’en-foutisme de l’industrie tatanière, examinez plutôt les lacets de vos chaussures neuves.
Pas moins choquant que si la paire vous était livrée en kit.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ouvrez n’importe quelle boîte dans n’importe quelle officine se targuant de vous faire marcher : vous tomberez invariablement sur un laçage qu’on jurerait abandonné précipitamment – ou laissé aux bons soins du beuls de service, pas possible autrement.

Au lieu de passer par les deux trous du bas et de remonter gentiment par chaque trou supérieur en se croisant (comme vous le feriez vous-même en changeant de lacet), un seul côté se permet de couper à travers champs du dernier au premier trou, tandis que l’autre moitié respecte scrupuleusement le va-et-vient.

Résultat : un lacet schizophrène, qui traverse la languette à découvert et en diagonale sous des croisillons en bonne et due forme.

 

Non seulement c’est moche mais c’est d’un irrespect complet vis-à-vis de l’acheteur. Lequel, à peine de retour dans ses pénates, se voit contraint de tout défaire et de tout recommencer en demandant pardon à la symétrie offensée.

 

Quant au pauvre lacet, on le considère comme quantité négligeable, à commencer par les vendeurs indifférents.
Dans la même veine, pourquoi ne pas nous fourguer des ceintures sans trous ou des boutons de veste à coudre soi-même ? Non mais oh ?

 

En signe de protestation, ne nous baladons plus qu’en scratchs ou en bottes en caoutchouc.

Merci de votre attention.