Priorité à droite toute

 

Tout frais du jour : interrogé sur la « préférence nationale » prônée par son groupuscule, un FNeux s’est empressé de répondre en termes de « priorité nationale ». L’acharnement avec lequel il tentait de caser ce nouveau zélément de langage pour faire oublier l’autre n’était rien à côté de celui qu’on mettra à le pulvériser.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Toujours aussi puant, le concept est néanmoins mieux emballé. Dès qu’on ouvrira le paquet en revanche, l’odeur risque de prendre un peu à la gorge. Mieux vaut ne pas revenir là-dessus.

 

Les aminches, il va falloir vous y faire, priorité a désormais priorité sur préférence. On voit un peu pourquoi.

La priorité à droite, ça ne se discute pas, c’est le code de la route. A mille lieues de la subjectivité suintant par tous les pores de préférer.

Avec ce dernier, vous passez ouvertement pour des racistes. De surcroît, une loi estampillée « préférence nationale » serait recta retoquée par le conseil constitutionnel, garant de l’égalité et de la fraternité républicaines. Ce que la chefaillonne du groupuscule, juriste à ses heures perdues, ne sait que trop.

Préférer marginalise. La priorité, au contraire, vous met du côté du droit. Sans elle, ce serait l’anarchie. Elle relève du « bon sens », cher au groupuscule (comme à tous les autres) parce qu’il s’oppose à toute idéologie. Ce qui n’empêchera pas l’affaire de sombrer dans l’anticonstitutionnalité la plus totale.

 

Mais faites gaffe : à force de vouloir gommer tous les mots qui encombrent – jusqu’au nom du groupuscule, devenu simple couleur, il ne va plus rester que du vent. Moins détectable que le zyklon B mais tout aussi volatil.

Merci de votre attention.

 

Beaucoup de bleu pour rien

 

Des forces mystérieuses sont à l’œuvre depuis notre plus tendre enfance, il serait temps qu’on les dégomme. A quoi je vous prie le bout bleu de la gomme sert-il, quand, manifestement, on ne peut gommer qu’avec le rose ? Voilà une énigme d’une importance capitale. Maintenant que le ver est dans le fruit, vous n’en pioncerez pas de la nuit. Je vous connais, je vous signale.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

J’entends déjà les esprits forts invoquer l’utilité de la chose « pour les traces de crayons tenaces ou appuyées, souvent sur feuille Canson ». Ta-ta-ta. Accès d’inconscience infantile typique, se risquer à vouloir gommer du mauvais côté n’est pas moins dangereux que les doigts dans la prise ou la dégustation de savon pour voir. Tous les téméraires en culottes courtes traversent cette épreuve mortifiante : non seulement le bout bleu n’efface que dalle mais il libère au contraire une longue traînée verdâtre, façon brin d’herbe écrasé, en plein milieu de la page – irrémédiablement froissée dans un juron mêlé de larmes.

Formulons plusieurs hypothèses :

–         le concepteur des gommes roses et bleues est un Ennemi de l’enfance ;

–         l’extrémité droite indique que c’est par là qu’il faut prendre l’objet, comme on le ferait d’un mégot de cigarette. Mais z’alors, personne n’a pensé aux petits gauchers, si je comprends bien. De mieux en mieux.

–         lancé très fort à terre, le bout bleu est trop dur pour permettre un rebond optimum de la gomme, ce qui coupe court à toute forme de jeu. (Bien c’que j’dis, Ennemi des enfants).

–         les gommes entièrement roses « faisaient trop fille », aussi en a-t-on bleui une moitié, afin qu’aucun mecton ne se sente lésé. D’ailleurs les modèles unis sont systématiquement blancs et gomment de tous les côtés. Adeptes de la volupté pas chère, je ne saurais trop vous les conseiller.

Pour rappel, avant le vinyle en vogue de nos jours, le graphite des crayons s’effaçait avec du caoutchouc, amélioration du latex première manière. Les anciens y allaient à la mie de pain. Esclaffez-vous ! Vous êtes-vous seulement regardés, avec votre bout bleu ?

 

Mes chers compatriotes, LA réponse, aussi sidérante soit-elle, se trouve dans un vieux Libé.

Quels moutons, ces humains.
Plus besoin de les compter pour trouver le sommeil, au moins.

Merci de votre attention.