En forme de cœur

 

Spontanément, vous pensez à ça :

Or, les cardiologues le voient plutôt comme ça :

Et qui aurait le cœur à les contredire ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

C’est vrai, on a beau l’inspecter sous tous les angles,

rien qui ressemble de près ou de loin à deux courbes qui finissent en pointe, symbole pourtant universel du siège des sentiments.

D’où vient que nous le figurons toujours de façon aussi cucul-la-praline de la sorte ? Avec ou sans crayon d’ailleurs : nos pouces et nos index réunis suffisent à recréer l’illusion. Et toute l’assistance de trouver ça gnangnan choupinet derechef.
Quant aux < 2 et < 3 du langage SMS, pourquoi ? Prrrt. Le mystère s’épaissit à la vitesse d’une béchamel au galop.

 

Graphiquement, certes, la chose est fermée, pleine et symétrique. Un cocon respirant l’harmonie. A ce compte-là, ceci :

aurait très bien pu faire l’affaire.

 

Inutile de tourner autour du pot : pour ces messieurs, ces deux orbes évoquent inconsciemment les vôtres, filles du sexe féminin, et votre propre attirail, mectons, pour ces dames. L’amour n’a rien à voir là-dedans.

 

Nous ferions de bien piètres anatomistes dites donc. D’ailleurs, avez-vous déjà vu un pancréas ou une vésicule stylisés ? Palpitant excepté, aucun organe vital n’a jamais l’honneur d’être représenté, a fortiori sur le tronc des arbres. Sans doute parce qu’on ne se relève pas d’un cancer du pancréas.
Mais d’une peine de cœur ?
Et d’une béchamel foutue ?

Merci de votre attention.

 

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Comment sauver un plat trop salé d’une mort certaine ?

 

Comme le veut le dicton, si c’est trop salé, c’est par amour. Ça vaut pour les grands-mères comme pour le cuisinier, dont les pensées n’ont plus de secret pour vous dans ces moments-là.

Sauf qu’en l’occurrence, le maître queux, c’est vous. Et jusqu’à plus ample informé, vous n’en pincez que pour le sel de mer.

 

Ainsi qu’on vous l’a inculqué, faut pas gâcher. Fort bien mais un descendant d’une longue lignée prolétarienne tel que vous peut-il décemment tout foutre en l’air sous prétexte d’une erreur de dosage ?

Rattrapez le coup du sort et sortez-en avec les honneurs.

Salt

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en marmiton civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Tout est histoire d’équilibre. A la dernière minute, préparez un accompagnement pas salé du tout.

 

♦  Ou alors, poivrez le plat sans ménagement, ça éloignera les convives chichiteux.

 

♦  Servez le frichti en l’état, suivi d’un dessert épouvantablement sucré. Les attablés restants n’y verront que du feu, comme l’urgentiste qui leur éteindra les boyaux.

 

♦  Pour annuler la disproportion du salage, inversez la formule. N’ayez pas la main trop lourde sur le ClNa, le goût du chlore ne devant pas masquer l’assaisonnement.

 

♦  Faites chauffer une grande bassine d’eau à 27°C puis versez-y votre tambouille encore chaude. Vous recréerez ainsi un littoral miniature où toute la famille viendra s’ébrouer, en évitant les morceaux qui flottent.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

« Vêtement de jambe »

 

Remontons si vous le voulez bien le fil d’un mot parmi les plus beaux de la langue française, loin devant amour et liberté, je veux parler de pyjama.
Prononcez-le à qui mieux mieux, on ne s’en lasse pas, il a un charme fou. Avant de l’enfiler, débarrassons-nous des babouches.

Bien qu’on le prenne pour un terme arabe à force de le marchander au souk, babouche a pour origine le persan پاپوش (« papuš ») pour « chaussure ». Zieutez bien les deux parties du mot : pa et poš.
Pa déboule de pāë, pāij (ancien persan pay) qui ne veut pas dire faut les payer maintenant ces babouches mais pied ou jambe (deux trucs bien distincts mais brusquez pas, le vieux persan a la vue basse). Ce pa ou pay est lui-même issu de la racine indo-européenne ped qui a offert podis au latin, pada au sanskrit, fotus au teuton, foot à l’anglais et last but not least, you buy one you get two, son pied et son pas à notre langue.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Car où le retrouve-t-on ce pied persan pa ou pay ? Mais dans mon pyjama bien sûr ! Et où les enfilé-je mes pieds ou mes jambes ? Pas trente-six solutions, dans un « vêtement » (jamah en persan). Quand on sait que jamah est un quasi-synonyme du fameux poš (« habillement ») qu’on retrouve au talon de la babouche, on saisit mieux toute la portée de cette phrase immortelle :

Arrête ce souk et file mettre ton pyjama tout de suite !

Tout est lié.
Littéralement « vêtement de jambe » qui a fini par englober le haut du corps, le payjamah a mis le monde à ses pieds, de l’espagnol pijama jusqu’au japonais パジャマ (pajama).
Les Anglais, qui font jamais rien comme tout le monde, le mettent au pluriel : pyjamas (ou sa variante ricaine pajamas) ; pour le coup, on ne peut même pas les en blâmer puisqu’on a tous a priori deux pieds et deux jambes, sauf si c’est pas de bol.
Dans nos contrées, on ne le croise, sous l’orthographe pyjaamah, qu’à partir de 1837 (gardait-on ses sous-vêtements de labeur jusque-là ?). Son succès universel, le pyjama le doit sans l’ombre d’un pli au fait qu’il se prononce partout facilement (pas de guttural là-dedans) et qu’il permet un grattement élégant au réveil sous toutes les latitudes, sans érafler le bas du dos.

 

Vous observerez pour finir qu’il n’est pas rare de donner à ce fidèle compagnon du pyja, notamment, rions un peu, quand il s’agit d’un pyja court. Si un mauvais coucheur vous reproche cette acopope sans savoir que vous aussi connaissez la racine du mot, vous pourrez toujours lui rétorquer qu’au contraire vous évoquez bien un « demi-vêtement ». Et toc, dors là-dessus.

Merci de votre attention.