Comment se faire élire chef des fous ?

 

Cet honneur échoit bien sûr au plus fou d’entre les fous. Et vous l’êtes assurément, car il faut être fou pour penser que les fous auraient besoin d’un chef, désigné dans les règles de l’art qui plus est.

Les fous n’en font qu’à leur tête, n’écoutent que leur folie. Il n’y a pas plus anar que les fous.

 

Et puis reste à voir sur quel programme vous faire élire. Les fous n’attendent pas d’un chef qu’il les ramène à la raison, puisque c’est le chef des fous.

 

Sans parler des irrégularités susceptibles d’entacher le scrutin. Comment tenir compte de ceux qui grimpent aux isoloirs, mangent leur bulletin de vote avec de la moutarde et recrachent le tout dans les cheveux des assesseurs ? Ou, plus fou encore, ne se déplacent pas aux urnes ?

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en candidat civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Pour être sûr d’obtenir le suffrage de tous les fous, promettez-leur des trucs de fous : zéro fou dans la rue avant la fin de l’année, égalité fous/folles et bien sûr, rumba obligatoire avec le personnel soignant.

 

♦  Au diable l’élection. Inspirez-vous des grandes figures historiques et proclamez-vous empereur des fous. On parlera encore de vous dans deux cents ans.

♦  Flattez les bas instincts des fous. Puisqu’il faut toujours un bouc émissaire, déclarez la guerre aux ennemis jurés de votre communauté que sont les sains d’esprit.

 

♦  Les fous n’aspirent qu’à une chose : un asile tout neuf. Agrandissez l’ancien et poussez les murs. Plus on est de fous, plus on rit.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Dentifrice

 

Observez la tranquille assurance de dentifrice ; il ne ressemble à aucun autre. Il respire la santé. Son sourire est éclatant. Poil aux dents.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Mesurons bien notre chance. Pendant que nous nous gargarisons de dentifrice, nos voisins en sont réduits à se coller du tooth paste, de la pasta de dientes, de la Zahnpasta et autres pasty do zębów sur les prémolaires.
Ce que voyant, les rabat-joie embrayeront sur la dénomination complète qui est « pâte dentifrice ». Oui, dentifrice peut être adjectif, quand on lui en veut personnellement.

 

Notre homme apparaît immaculé en son gobelet dès 1495. Il n’a pas varié depuis les premiers lavabos latins. Dens, « dent », fricere, « frotter », un suffixe pour fermer le ban et hop : dentifricium, « ce avec quoi on se frotte les dents ». Comme ça, comme ça et comme ça. Comme ça aussi, si vous y tenez.

Fricere a fini par engendrer friction. Mais aussi le petit frère frayer : pour les bestioles de tout poil, « se frayer un chemin », c’est se « frotter » aux obstacles pour atteindre son but.

Dent vient de plus loin. ‘Tention, on attaque la racine : nous devons à l’indo-européen hed- de « manger » latin (edere), allemand (essen) voire anglais (eat) s’il s’avère que c’est comestible.

En frottant bien les chicots fossiles, d’aucuns repèrent dent- dans al dente (« à point » mais surtout « sous la dent »), mastodonte (rapport à ses dents mamelonnées) ou orthodontiste, ce « redresseur de dents » si souvent confondu avec un vulgaire dentiste.

 

Mais dentifrice frappe avant tout par sa finale, particulièrement longue en bouche. En la matière, il ne se frotte qu’à ce qui se fait de mieux : artifice, édifice, sacrifice, bénéfice ou maléfice et bien sûr, orifice.

 

Au fait, si les Sex Pistols avaient grogné :

I am a dentifrice,

la cause anar en aurait pris un sacré coup dans les gencives.

Merci de votre attention.