Comment jouer à « Jacques a dit » avec Jacques Attali ?

 

Du temps de vos premières culottes déjà, jouer à « Jacques a dit » relevait de la gageure. C’est que l’amusette, censée développer l’attention des futures recrues des zarmées et des zadministrations (puisque exécuter un ordre non précédé de la formule y équivaut à perdre), est source de crispations et de mauvaise foi (puisque on ne sait plus d’où partent les consignes, à force).

Ce Jacques mystérieux n’étant jamais dans la pièce, il a tôt fait d’être baptisé « Jacadi », par la grâce d’une fantaisie enfantine qui ne s’en laisse pas conter.

Ainsi,

Jacadi a dit :

à nous la quatrième dimension.

 

Mais qu’advient-il en présence d’un vrai Jacques, Attali, au hasard ? La tâche se complique à l’infini. D’autant que celui-ci a toujours son mot à dire sur à peu près n’importe quel sujet. La moindre de ses assertions sous-entend donc « Jacques a dit » sans qu’il ait à prononcer le fameux sésame.

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en joueur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Si Jacques a dit « Jacques a dit », il parle de lui à la troisième personne et c’est extrêmement imbu. Dans ces conditions, mieux vaut ne pas l’écouter. Oh qu’il est imbu.

 

♦  Si Jacques n’a pas dit « Jacques a dit » (cas le plus vraisemblable), la règle du jeu est bafouée dès le départ. Tout ce qu’il pourra dire par la suite n’aura donc aucune valeur.

 

♦  Si Jacques a dit « Jacadi a dit », la manœuvre est évidente : il essaye de vous embrouiller. Sans doute pour mieux faire passer l’un ou l’autre argument spécieux. Méfiance absolue, là encore.

 

♦  Si Jacques a dit « être mort, est-ce commencer à s’intéresser au chagrin des autres ? » ou « on ne peut désigner le sommet d’une pyramide sans localiser sa base », vous avez quatre heures. Vous pouvez sortir au bout d’une heure.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Temporiser

 

Le jargon, devrais-je dire le charabia des commentateurs sportifs, est une mine inépuisable. C’est épuisant, y’a qu’à se baisser. Sans qu’on s’en émeuve, ce Klondike du pataquès charrie par pleines gamelles d’occurrences le verbe temporiser. Assez temporisé, faut que ça change.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Du registre rare et plutôt soutenu duquel il nous toisait, temporiser a rétrogradé, au fur qu’il se banalisait, au statut d’expression à la khôn. Et pourquoi et pourquoi ? Définition du dico :

Différer d’agir, par calcul, dans l’attente d’un moment plus favorable.

Plus roué que « prendre son temps », moins que tergiverser, temporiser recouvre donc au poil de séant de fourmi la notion d’attentisme. Le temporisateur se dit « on verra bien », « wait and see », « jouons la prudence ».

Or, le footeux errant balle au pied à la 89e minute parce qu’il mène d’un but (gardons « gérer » pour plus tard) ne joue pas, faisant preuve au contraire d’un insupportable anti-jeu (gardons « déjouer » pour plus tard). Quel « moment plus favorable » attend-il pour faire ce pour quoi on le couvre de patates : aller vers l’avant ? Le coup de sifflet final ? Trop tard, évidemment. Le gars ne diffère même pas d’agir ; sa prochaine action n’est pas reportée sine die, mais à la St-Glinglin.

Dans le temporiser version sportswear ne subsiste plus que la notion de calcul, ça oui, qui karchérise tout intérêt pour le spectateur. On s’étonne d’ailleurs qu’aucun dribbleur n’ait encore cessé de jouer dès que le score est en sa faveur (sauf le Zitalien qui, merveille de la nature, se pelotonne dans sa cage avec les dix autres).

Mais dans les cas désespérés, même ce « par calcul » disparaît. Temporiser se retrouve alors en short comme les chèvres citées plus haut. Les malheureux ralentir et attendre n’ont plus qu’à attendre. Pendant le Tour de France tiens, comment qualifie-t-on au micro le ralentissement inhabituel d’un coureur ?

Ah ? Temporisation. Que se passe-t-il ?

Réponse avec le plan aérien qui suit, révélant un passage à niveau barrières baissées :

Ah non, c’est un train qui passe.

Sportologues, avant de lâcher des commentaires du tac au tac, temporisez.

 

A moins qu’inconsciemment, vous ne comptiez sur la beauté antique de temporiser pour mieux faire passer la mocheté, voire l’inanité de la chose. O tempora, o mores.

Merci de votre attention.