Sec

 

Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archisèches ?

Dans le fond, on s’en archifout : que ne les enfile-t-elle dès qu’elles sont sèches ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Sec est un adjectif singulier. Le seul de toute la Création qui se décline en -che en changeant de genre. Si si ! Passez en revue les petits copains en -c : soit ils se féminisent en -que (caduc, grec), soit ils restent carrément invariables (chic et plouc). C’est leur droit le plus strict.

Même particularité avec frais/fraîche. S’il faut toujours tout « conserver dans un endroit frais et sec », c’est bien pour que ces deux-là se retrouvent ensemble.

 

Remontons l’arbre généalogic, voulez-vous ?

Vu la hauteur des branches, c’est le moment de faire jouer vos relations dans l’élagage. Parce qu’avant l’an Mil, sec existait déjà dans son sens actuel. Il découle du latin siccus, digne héritier de l’indo-européen seik, « verser, couler ». N’y aurait-il pas là comme une petite contradiction ? Ferait beau voir. Une fois toute l’eau écoulée, comment se retrouve-t-on ? A sec, bel et bien.

D’où, selon certaines sources bien renseignées, la Seine (en gaulois Sequana). Souhaitons bon courage à ceux qui entendent s’y baigner. En trinquant à leur santé avec un verre de petit blanc sec.

 

Le succès de siccus fait oublier son petit cousin siccativus, francisé en siccatif et siccativité :

aptitude à sécher vite

en parlant de l’huile de lin. Ou des chaussettes de l’autre quetsche à la rigueur.

 

Attardons-nous pour finir sur les expressions « cul sec » (désignant logiquement celui de la bouteille d’alsace de tout à l’heure) et « en cinq sec » où, contrairement à ce qu’on pourrait croire, sec n’est pas l’abréviation de seconde mais bien notre épithète : au jeu de l’écarté, cinq coups de cartes gagnants suffisent à sécher vos adversaires. S’ils sont beaux joueurs, ils n’hésiteront pas à parler de « victoire significative ». Voire « siccative » s’ils ont des lettres.

Merci de votre attention.

 

Ensacher

 

Selon les relevés de l’Observatoire des Mots Inexplicablement Omis (l’OMIOmis, un organisme fiableonnepeutplusfiable), ensacher retentit en moyenne moins de dix fois par an parmi la population mondiale. Alors que le verbe désigne un geste qui, pour la même échelle, s’accomplit entre 5 et 600 000 000 000 de fois plus. Avant l’extinction de l’espèce, une rescousse s’impose.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ensachez, ensachez, il en restera toujours quelque chose.
C’est vrai, pourquoi boude-t-on à ce point ensacher (« mettre dans un sac, dans un sachet »), alors qu’empaqueter (idem avec « paquet »), encadrer (on ne vous fait pas un dessin), embarquer (devenu figuré tant il fait partie des meubles) se prononcent à bouche que veux-tu ?
Et que dire d’emmerder, dont la fréquence n’a rien à envier aux ensachages cités plus haut ?

 

Primo, sans doute à cause de l’homonymie un peu ridicule avec son résultat : « en sachet », faisant lui-même écho à une « purée en sachet » de sinistre mémoire.

Ensuite, parce que les ennuis commencent dès lors qu’on entreprend de conjuguer la chose.

– Ç’a été ensaché ?
– Pas que je sache.
– Il aurait pourtant fallu que vous l’ensachassiez.

Passer chez Sosh, à côté ? Du menu fretin d’archiduchesse en chaussettes socquettes.

 

En attendant, à la caisse, le petit personnel en est réduit à vous demander s’il convient de

mettre le ticket dans le sachet.

Préférez qu’on vous

l’ensache,

vous aurez égayé toute la boutique.

Merci de votre attention.