Alphabétique ordre

 

Pour éviter toute forme de chienlit, de vau-l’eau et de n’importe quoi généralisé, l’ordre s’impose partout, jusque dans l’alphabet. Anars de passage, ‘tendez avant de vous carapater. Car pourquoi justement celui-là ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Les chiffres, encore, on comprend. 2 jouerait moins les modestes s’il occupait la place de 9.
Mais les lettres ? B vaut-il deux fois mieux que A ? Dans ce cas, Z règnerait en maître. ZZ serait carrément au top.

L’ordre alphabétique est une convention. Dont on a l’impression qu’elle est gravée dans le marbre alors qu’à la moindre occasion, nous retouillons tout le bazar.

 

Il suffit pour s’en convaincre de contempler un clavier d’ordinateur. Tandis que le pavé numérique reste dans ses clous logiques, l’ordre des lettres n’est jamais celui de l’alphabet. En Occident, les touches commencent par Azerty. De là à dire qu’un homme Azerty en vaut deux, libre à vous. Qwerty au pire, de l’autre côté des mers au sein des peuplades hostiles.

 

Quant au scrabble, toute l’astuce consiste à s’y figurer le mot mentalement à partir d’un tirage aléatoire. Du reste, si les lettres sortaient dans l’ordre alphabétique, la tâche des joueurs ne serait pas facilitée pour autant.
Ranger les lettres différemment n’aurait aucune incidence.

Et si on y mettait un peu de bon sens, à cet ordre ? Rien que pour pouvoir l’apprendre autrement que par cœur ?

U par exemple devrait succèder à Q, comme dans la vraie vie. P est bien suivi de Q, lui. Et V de W. Sauf de l’autre côté des mers au sein des peuplades hostiles, où ce dernier double U.
Vhat a vonderful vorld, qu’y disaient.

 

Foin de l’arbitraire, réparons aussi quelques injustices. Mettons que les accents soient à leur lettre ce que les nuances sont à une même couleur. Mais le c cédille ? Un caractère à part entière ou on ne s’y çonnaît plus.
Pour ceux qui moufteraient : une pleine page de ÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇÇ. Tuyau du jour parce qu’on n’est pas des bêtes : Alt + 0199.

Merci de votre attention.

 

Tripatouillage

 

On préfère ne pas savoir ce que tripatouillent les tripatouilleurs. Pourtant, que de tripatouillages pour en arriver à tripatouillage. La nature est bien faite.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Face au vide lexical de 1888, afin de dire « remanier abusivement » en parlant d’une œuvre, un critique littéraire s’est donc permis d’amalgamer tripoter (ça, on voit bien ce que c’est) et patouiller (ça par contre, prt et re-prt).

 

A tout seigneur, tout honneur : commençons par tripoter, qui (vérité première toujours oubliée) vient de tripot. Avant la

maison de jeu clandestine ayant mauvaise réputation,

le tripot, lieu de totale éclatche

où se pratiquait le jeu de courte paume,

abritait des manipulations plus anodines.

De fait, tripot n’est rien sans triper, « sauter, danser » au XIIIe siècle, issu de treper, « frapper du pied, sauter » (mi-XIIe), qui d’impatience a fini par trépigner.

 

Le plus rare patouiller apparaît dans les eaux de 1175 sous la forme patoiller, « barboter, patauger ». Jusqu’à prendre au XIXe siècle le sens de « manipuler, tripoter ». Autrement dit, tripatouiller, somme de tripoter et de patouiller, équivaut à deux fois tripoter. C’est dire le degré d’inavouable.

Mais zalors, patauger serait-il une variante de patouiller ayant réussi dans la vie ? Exact, les deux compères dérivent de patte, elle-même construite sur le radical patt- évoquant des pas, particulièrement en milieu boueux. Au passage, l’onomatopée nous a valu nos patins qui, c’était couru, mènent tout droit au tripotage susnommé.

 

Par ailleurs, on ne sera pas surpris d’apprendre que trifouiller est né des amours malsaines de tripoter et de fouiller.
Sur ce dernier, nous procéderons aux fouilles réglementaires une autre fois.

Merci de votre attention.

 

Cosmos

 

Face à l’immensité du cosmos, le prononcer au choix « caussemausse » (en signe de déférence), « cossemosse » (à la Hubert Reeves), « cossemausse » ou « caussemosse » (si l’on n’est pas sûr). Ou encore « Cosmo’s factory » si l’on suit la palpitante enquête de notre ami Bob.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pas plus vieux que le cosmos. Et pour cause ! Il est donc assez fendard de constater qu’il n’acquiert ses lettres de noblesse qu’en 1847. Désignant alors l’« univers », le cosmos devient l’« espace intersidéral » juste avant la conquête de la Lune.
Chipotage quand tu nous tiens : quelle différence entre l’univers et l’espace, je vous le demande.
Pire encore, entre espace et espace intersidéral qui ne signifie rien d’autre qu’« entre les astres » hein grmbll.

 

Le grec – car c’était lui – a mis au point non seulement kosmos pour dire « bon ordre, arrangement ordonné, monde, univers » mais aussi le verbe kosmein (« ordonner » [une armée]).

Cette idée d’« ordre » a prévalu jusqu’à parer kosmos du sens de « parure, ornement ».

Mais alors, y a-t-il un rapport, comme vous n’osez le croire depuis le début, avec cosmétique ? Aaabsolument. Le fait que kosmêtês (« ordonnateur, arrangeur ») devienne à Rome l’« esclave chargé de la parure, du maquillage » n’est pas le moins du monde tiré par les cheveux, mes neveux.

 

A propos, citons les cousins de cosmos : Microcosmos version bousier, Mikrokosmos version Bartók, microcosme version francisée, macrocosme version snob.

Sans oublier le cosmopolite « citoyen du monde ».

 

Quant aux conseils beauté du dernier Cosmo, filles du sexe féminin, permettez-nous de lever les yeux au ciel.

Merci de votre attention.