Qui de droit

 

Y a-t-il pire tic* que celui consistant à se plaindre (ce qui est déjà passablement pète-khôuilles) à la mauvaise personne (ce qui rend l’affaire 100% stérile) ? On ne se plaint pas, on constate.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Faut-il que le moulin à plaintes ploie sous le faix de ses malheurs pour s’en délester sur le premier venu – c’est-à-dire vous, et votre bol légendaire. Comme si vous en pouviez mais, d’une part, et lui étiez d’un quelconque secours de l’autre.

Inutile de vous répandre en

je n’en puis mais,

sa litanie repartira de plus belle. Ne vous exposez pas aux relances (notamment au sujet de vos tournures) et ne faites pas semblant d’écouter, surtout. Motus, quoi.

 

Ce que voyant, le moulin à plaintes s’en remettra au chat, au sophrologue, au psy voire, comble de l’inefficace, au dieu le plus proche. Ce que voyant, son représentant sur terre, toujours prompt à exploiter le filon en prout-proutant le message, dira :

Aide-toi et le Ciel t’aidera.

Rien du tout.

Aide-toi et le boulot sera fait.

bureau-des-pleurs

Aussi pète-khôuilles que soit le moulin à plaintes, pardonnez-le. Non parce qu’il ne saurait pas ce qu’il fait (faudrait voir à pas trop pousser grand-moman dans les orties, surtout si elle est en short). Mais parce que lui seul détient la solution, attendu que dès l’instant où les jupes de moman ne seyent plus au chouinage, on ne peut compter que sur soi-même.

Se rangeant à votre avis, il ira tout requinqué encombrer la blogosphère. Ses exercices de style pèteront toujours les khôuilles de ses lecteurs mais ils lui permettront au moins de savoir ce qu’il pense.

Merci de votre attention.

 

* Jatil Pirtic, auteur d’une Anthologie du javelot (inachevée).

Détriment

 

Les littéraires aiment à employer « au grand dam » au détriment de détriment. Les juristes pour leur part n’utilisent qu’« au détriment ». Au grand dam de grand dam ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Outre la richesse de sa rime avec nutriment (unique en son genre), le charme de détriment tient à son côté farouche. Même les détriments apprivoisés n’obéissent qu’à au et de. D’ailleurs,

les détriments

ne se dit jamais, encore moins

3 détriments se sont échappés du zoo

ou

un bon détriment est un détriment mort.

Tout juste l’animal se laisse-t-il parfois approcher par un adjectif possessif indiquant qui est lésé (« à son détriment »).
C’est justement l’idée de préjudice qu’exprime à sa manière ce dé-, faisant écho à désavantage, dépens et autres déboires du même moule.

A propos de moule, voici le sens vieilli de « débris, vestiges » qu’inspire encore au poète la muse fanfaronne :

Détriments de coquillages.

 

Il semblerait qu’on s’égare sur la grève. Détrompez-vous : avant de s’échouer sur nos côtes en 1236, le mot naquit detrimentum, résultat de l’« action d’user en frottant ». Il avait dérivé doucement du verbe latin deterere, qui nous a laissé entre autres détritus, détériorer (auxquels on pense rarement c’est vrai ça).

Formé sur l’indo-européen ter- (« frotter »), voilà donc déterré terere. Son participe passé surtout donne les détriments les plus remarquables : triturer, tricher, inextricable… Sans oublier le boa constrictor dont les victimes arborent souvent une mine contrite il faut bien le dire.

Merci de votre attention.