Colle

 

Comme ça, à brûle-pourpoint, colle pose une colle. Contrairement à folle ou molle, elle ne semble dériver d’aucun cou connu. Ce qui nous rappelle que chou et zou n’ont pas de féminin, chou parce qu’une princesse n’a pas d’ennuis gastriques, zou parce que c’est toujours l’homme qui, bon prince, lui signale que hop hop hop on est parti.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Colle :

matière gluante, généralement obtenue par dessication de la gélatine animale ou végétale, et que l’on étend entre deux surfaces pour les faire adhérer l’une à l’autre.

D’accord mais qu’entend-on par « colle forte » alors ? Qu’il y a des colles à deux vitesses.

 

Point de vue sémantique aussi, si ça peut vous consoler. Au sens premier (dès 1268) fait suite la « punition » de l’élève collé (fin XIXe). Imaginez ce que donneraient quatre heures de colle stricto sensu. Ou imaginez-vous dans la peau d’une limace, dont la durée de vie peut atteindre deux berges.
D’où l’expression :

Putain deux ans.

 

A l’origine était le latin des rues colla, « colle », chipé au grec kólla, « colle » (on progresse), de l’indo-européen kel-, « colle » (on touche quasi au but).
D’où l’expression :

Kel pot de colle.

Il suffit de scruter kel- pour voir surgir devant nos yeux zébahis l’argile grand-bretonne clay, de même que la terre glaise et bien sûr notre glu nationale, ce qui colle parfaitement.

 

Restent les dérivés de colle, notamment (princesses toujours) le collant, qui épouse tous les galbes, et le collagène (sous-espèce des demi-princesses), qui donne souvent l’impression d’un mauvais collage.

Quant à nous autres, la gravité nous colle tellement au sol qu’il n’y a guère qu’en avion qu’on décolle.

Merci de votre attention.

 

Timbre

 

Comment un petit mot comac peut-il signifier à la fois « cloche immobile et sans battant frappée par un marteau », « membrane inférieure d’un tambour », « qualité spécifique d’un son, indépendante de la hauteur, de la durée et de l’intensité » et « marque, cachet ou vignette correspondant au paiement d’une taxe » ? C’est à en perdre une dent.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Non seulement on le met à toutes les sauces mais timbre en redemande. Il s’affiche même au bras d’un paquet de substantifs : timbre-poste, timbre-amende, timbre-quittance, timbre-escompte, timbre-prime, timbre-test…
Vous aussi, chez vous, amusez-vous à créer de toutes pièces vos propres timbres : timbre-wagon, timbre-brouette, timbre-château de la Loire, timbre-raton laveur. Des séances de poilade à n’en plus finir.

On va jusqu’à recenser un tambour médiéval sous le nom de tinbre. Voire, début XVIIe, un « cerveau » au sens figuré :

ma femme a le tymbre mal sain.

 

Mais d’où viennent tous ces timbres ? Et pourquoi les philatélistes, comme leur nom ne l’indique pas, en sont-ils timbrés ?

 

Devinerez jamais.

Timbre n’est autre que l’altération de timbne, issu du grec ancien túmpanon, « tambour ». Quand on sait que les Latins l’écrivent tympanum et que l’instrument a gardé ce blase comme ses descendants directs (« timbales » = timpani en rital), on saisit mieux pourquoi le tympan est une membrane, que les Anglais traduisent du reste par eardrum.

 

Profitons-en pour disséquer délicatement philatélie, formé en 1864 sur philos (« ami ») et atélia (« affranchissement »), l’inverse de telos (« taxe »).

Les grands malades adeptes des carnets de timbres rares à la Poste sont donc littéralement des « ennemis de l’impôt ». Lançons-leur le fisc aux fesses, ça aèrera la file.

Merci de votre attention.