Comment devenir commissaire d’exposition quand on est soi-même une bille en arts pla ?

 

Avant même de commettre croûte sur croûte, embrasser la carrière d’artiste maudit ne vous a jamais tenté.
Vous avez eu l’intelligence de ne pas en tenir rigueur aux plus doués que vous. Et, au contraire, de mettre en valeur leur travailvail. C’est tout à votre honneurneur.

 

Cela vous rend-il plus légitime pour autant comme commissaire d’exposition ?
A première vue, oui : personne ne vous voit souffrir pendant que vous recousez ce qui vous reste d’orgueil.
Mais c’est aussi une vengeance qui ne dit pas son nom. Les œuvres de Tartempion existent parce que vous l’avez décidé. Et si l’expo est réussie, vous pouvez vous en attribuer 50% du mérite. On peut dire que vous aurez fini par la gagner, votre croûte.

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Aussi, n’hésitez pas à en faire des tonnes. Commencez par amadouer le cercle des critiques, dans le même bateau que vous. Et prenez par l’épaule le journaleux de base afin qu’il pose un regard émerveillé sur toutes choses comme, croit-il, les non-spécialistes auxquels il s’adresse.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en résilient civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Prenez des cours de talent accéléré, si possible avec l’artiste exposé, vous ne trouverez pas meilleure école. Avec le temps, l’élève finira bien par dépasser le maître.

 

♦  Votre palette n’est pas moins large que celle de vos poulains. Piochez à loisir dans les épithètes roboratif, décalé, puissant, charnière, cimaise de 12, qui serviront pour tout.

 

♦  Faites-vous fort d’expliquer ce que l’artiste a voulu dire. Préférez les rétrospectives, il ne sera plus en état de se défendre.

 

♦  Si le vernissage ne fait pas le plein, saccagez tout à la nuit tombée. Pour vous, un exutoire, pour le tartempionnisme, une publicité inespérée. Profitez-en pour ressortir à la cantonade l’adjectif dérangeant, que vous n’aviez pas encore casé.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Vent

 

Non seulement le vent démarre toujours de quelque part (jamais pile à l’endroit où vous êtes), mais il « souffle », sans quoi il n’existe pas à proprement parler. Et soi-disant il suffirait de s’humecter l’index pour sentir d’où vient l’animal : balivernes.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Et plus précisément au radical indo-européen we- (« souffler », tout à l’imitation), dont on retrouve la trace la plus patente chez les Zanglais (wind) et en latin (ventus).
Résultat : on croise le vent dès 1050 dans son orthographe de tous les jours, même si l’un ou l’autre « venz » ou « vens » fait encore mine de se lever à l’horizon.

Les zaïeux mettent ensuite au point toutes sortes de tournures épatantes, pour la plupart tirées du jargon marin : « héberger au vent » (loger à la belle étoile), « avoir le vent en main » (être à même de choisir), « avoir le vent contraire » (connaître l’infortune), « être au-dessus du vent » (être en bonne situation), « cueillir vent » (reprendre haleine) et le délicieux « donner vent à une bouteille trop pleine » (la vider un peu)…
Seuls « avoir vent de » (1461), « avoir le vent en poupe » (1492) et « vent debout » (1718) ont survécu, cette dernière ayant un prodigieux pouvoir d’agacement lorsque les journaleux l’appliquent à la première bande de contestataires venue.
Sans oublier « être dans le vent » qu’on vit fleurir dès 1964 à propos de quatre garçons, zanglais eux aussi…

 

Autant d’expressions colorées qui ne sauraient faire oublier le vent en tant que « gaz intestinal » (1680, et depuis que le pet est pet d’ailleurs). C’est tout à fait exagéré. Tout juste le vent transporte-t-il l’odieux méfait vers vos narines ébahies. Voyez bien que sous prétexte de volatilité, nous accablons ce pauvre zéph de tous les maux.
Il faut dire que, par analogie déjà, le latin entendait par ventus aussi bien « flatulences » et « opinions » (hop, mettons-les dans le même sac) que « bonne » ou « mauvaise fortune ». Toutes choses insaisissables par définition.

 

Rendons enfin un vibrant hommage à la manche à air, ce grand escogriffe de toile se déployant aux quatre vents pour en mesurer la vitesse. Ç’a quand même une autre gueule qu’un doigt mouillé.

Merci de votre attention.