Chaud patate

 

A mesure que l’ambiance monte, il se trouve toujours un excité de service pour déclarer qu’il est « chaud patate ». Expression entrée dans les mœurs au point de laisser tout le monde froid glace.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Mine de rien, « chaud patate » cumule les tares.

•  « Etre chaud », déjà. Naguère encore, ce duo infernal ne s’appliquait qu’aux objets ou aux êtres inanimés, dont les patates susdites. Celles en robe des champs notamment, pelées en endurant mille martyrs. Désormais, frustrés du fait d’avoir chaud (ce qui n’intéresse que nous), c’est tout notre être qui s’enflamme (au vu et au su de tous).
« C’est chaud » s’est dit ensuite d’une difficulté à surmonter, d’où sueur potentielle.
Il ne restait plus, pour couronner le tout, qu’à employer chaud comme attribut du sujet. Le mariole « est chaud » comme il « est pompette » (l’un excusant l’autre).

 

•  Puis, la mode consista à donner du superlatif à chaud :

être chaud bouillant.

A ce compte-là, que n’est-on

froid gelé ?

Au lieu de nicasser, trouvez plutôt l’équivalent pour tiède.

 

•  Pour aller plus vite (tu parles), nous vint ensuite l’idée d’accoler le nom directement à l’adjectif. C’est alors que « chaud patate » frappa de ringardise « chaud comme la braise » et autres locutions trop longues.

Au passage, inutile de blâmer Annie Cordy, dont le fameux

chauuuuuud cacao, chaud, chaud, chaud, chocolat

n’a d’autre but que de jouer sur l’allitération.

 

•  Last but not least, pourquoi spécialement la patate, a fortiori non cuite ? Pourquoi pas ?, s’époumoneront les plus « chauds patate ». Parce qu’être « chaud patate » est fort proche d’« avoir la patate », complèteront les bonnes âmes. Il est vrai que la donzelle s’utilise à toutes les sauces. Y compris, et toc, lorsqu’on n’a plus « la frite » et qu’on en a « gros sur la patate ».

Mais restons dans l’euphorie. Malgré l’étroit cousinage entre « avoir la patate » et « avoir la banane », on ne s’aventure jamais à être « chaud banane » – quand bien même la température des bananes flambées surpasse, et de loin, celle des pommes de terre vapeur.
S’il s’agissait vraiment d’une question de chaleur, nous serions tous « chauds soleil » et la messe serait dite.

 

Où l’on voit que « chaud patate » est en slip, comme son locuteur en fin de soirée.

Merci de votre attention.

 

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Bol

 

Il nous cueille tous les jours au saut du lit. Si bien qu’à l’heure d’« en avoir ras le bol » ou d’« avoir du bol », on ne le calcule même plus. Pas sûr qu’avoir « un mug monstre » ou « un de ces mazagrans aujourd’hui » nous mette dans des états pareils.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Rigoureusement authentique : bol descendrait du grec ancien bolos, « jet, coup de dés » ou bôlos, « motte de terre », selon l’humeur. Le premier est issu du verbe ballô, « jeter », dont le petit frère emballô (« insérer, jeter dans ») se déploie depuis en emblème. Ou en embolie si c’est pas de bol.

 

Mais que fait-on de l’anglais bowl ? Car ce sont bien les sujets de la reine qui importèrent l’illustre bowl o’ punch des Indes occidentales sur nos côtes au XVIIe. Ce bolleponge n’avait rien de nouveau si l’on considère que bolle faisait déjà partie intégrante des petits-déj de 1150. Sachant qu’il déboule du même utérus que balle, pour ne pas dire boule, on conclut que tout ce petit monde « roule ». Hâtivement car il « enfle » en réalité, indo-européen bhl- oblige.

Incrédule ? Lapez donc le bhl le plus proche, comme disait Arielle Dombasle (qui en connaît un rayon question enfler).

 

Bol est dans tous les bons coups : « prendre un bol d’air » (à ne pas confondre avec « prendre un polder » où l’on boit plutôt la tasse). Mais aussi, plus distingué (pour compenser les mbôôrps qui s’ensuivent), « une bolée de cidre » avec les crêpes. Là encore, prenez garde : si vous prenez une « bolée de bois vert », c’est vous qui payez la note.

Quant aux légistes assermentés, toujours un brin voyeurs, ils s’empresseront de révéler le « bol alimentaire » d’un mort en examinant son estomac. D’où il ressort que les dernières agapes sont souvent d’une frugalité déconcertante.

 

En tout état de cause, celui ou celle qui vous met les boules est sinon une enflure, du moins un bolos.

Merci de votre attention.

 

Comment éviter d’être cruellement déçu par un visage de radio ?

 

Les tintinophiles connaissent par cœur l’anecdote de ce bambin regrettant, au sortir d’un film adapté de la BD, que

le Capitaine Haddock n’a pas la même voix que dans les livres.

Désillusion inverse : le sort impudique ne vous a-t-il pas trop souvent dévoilé l’apparence physique d’une voix de radio ? Expérience pour le moins déroutante s’il s’agit d’une de celles, familière entre toutes, qui rythme votre journée et sans laquelle votre bol de Banania n’aurait pas tout à fait la même saveur.
99 chances sur 100 pour que la découverte provoque en vous l’incrédulité voire le rejet, c’est statistique (sauf pour Rebecca Manzoni dont on a déjà dit tout le bien ici même mouak ton fan-club qui t’aime).
De fait, vous vous figuriez tout sauf cet(te) étranger(e) dont le visage, orné pour l’occasion d’un casque ridicule, ne correspond en rien à l’envoûtant organe.

Comment un tel décalage est-il possible ? Trahison ! (Sauf pour les animateurs prisés des djeun’s qui – et c’est heureux – sont encore plus khôns qu’ils n’en ont l’air).

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en auditeur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  On ne le dira jamais assez : certaines images peuvent choquer. Ayez le réflexe de détourner la tête, le temps que les traits de votre petit(e) préféré(e) disparaissent de votre champ de vision.

 

♦  Faites réaliser un portrait-robot qui vous siée, aux dimensions de l’image que vous ne devriez jamais voir et que vous pourrez masquer ainsi en toutes circonstances.

 

♦  Si le mal est fait, actionnez le système de brouillage d’ondes que vous garderez constamment à portée de main. Votre esprit refusera de faire le lien entre la physionomie insolite et ce timbre déformé.

brouilleur

♦  En dernier recours, si la voix chérie persiste à sortir d’un corps qui n’est manifestement pas le sien, dites-vous que vous avez affaire à un très bon imitateur. Ou que votre chouchou des ondes parle en réalité hors champ pendant que l’autre bouge les lèvres à l’écran.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.