Bankable

 

Depuis le début de l’humanité, bankable brillait par son absence sans manquer à personne. L’« adjectif » se dit désormais d’un acteur dont le succès du film repose sur la seule trombine. Le plus élémentaire sens critique voudrait qu’on le rabroue par tous les moyens : « QUOI !? », « n’importe quoi » et autres gros rires gras.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Acteur bankable = retour sur investissement pour le producteur. Et surtout banquier content, c’est écrit en toutes lettres. De noblesse ?

Si le terme n’était que puant en soi, passe encore (combien de stars bankable se fourvoient ainsi dans des nanars retentissants ?). Mais il nous impose de surcroît son physique disgracieux.

 

Car comme tous les anglicismes these days, la vraie raison d’être de bankable n’est pas de se hausser du col mais de sonner assez exotique pour masquer le concept en VF. « Bancable », en l’espèce. Et pourquoi pas « cotable en bourse » ?

Sauf que bancable était déjà pris :

qui remplit les conditions nécessaires pour être admis au réescompte de la Banque de France.

Holy shit*, s’écria-t-on alors. Il nous fallut donc tout miser sur la sonorité de bankable. Et avec notre propre accent :

ban-nkéi-beul.

Il y a des films mieux doublés. Quoique, le prononcer

bênkbl

à l’américaine serait-il plus crédible ?

 

Manque de bol**, le bouche-à-oreille continue de fonctionner. Bankable ou pas, le public sait encore distinguer une daube royale. Il a même tendance à être plus indulgent quand le casting est peu vendeur.

D’ailleurs, qu’est-ce qui fait la qualité d’une œuvre ? L’impalpable. On ne vous le fait pas dire.

Merci de votre attention.


* Sainte merde.

** Mênkdbl.

 

Comment dépenser l’argent qu’on n’a pas ?

 

C’est déjà chiant d’être pauvre, si en plus il faut se priver !

Postulat qui dut trotter dans l’esprit du premier banquier. Notez qu’avant son invention, il était rigoureusement impossible de dépenser du pognon que vous n’aviez pas.

C’est pourquoi le bougre a procédé par étapes. D’abord, le découvert autorisé. A l’instar de la jauge d’essence permettant de « rouler sur la réserve » en dépit des voyants qui font ding-ding, vous pouvez vous mettre dans le rouge en cas de nécessité. C’est « autorisé ».

D’ailleurs,

quand y’en a plus, y’en a encore.

Sagesse populaire là encore inattaquable.

 

Ensuite, le crédit. Endettez-vous, la banque se charge de découper le magot en tranches suffisamment fines pour se servir au passage. Le taux d’intérêt, ça s’appelle. Il faut bien que monsieur le banquier vive. Et dépense à son tour du blé virtuel.

Les esprits forts rétorqueront que sans ça, vous n’auriez pas de voiture, ni de toit, ni de quoi retaper la voiture, ni le toit. Sans parler du petit dernier qui retape sa sixième.

Bref, vous vivez au-dessus de vos moyens. Ne les perdez pas pour autant.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en emprunteur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Jouez au Loto. Vous passerez le restant de vos jours à dépenser votre argent en tentant votre chance dans le fol espoir d’en dépenser plus encore – au risque de dépressions sévères. Mettons que vous gagniez : vous passerez le restant de vos jours non pas à dépenser votre argent mais à ne plus savoir qu’en foutre – au risque de dépressions sévères.

 

♦  Allez-y franchement et prenez des crédits sur tout. Rien ne sera jamais à vous mais bah, tant qu’on a la santé.

pognon2

♦  Lancez-vous dans la fausse monnaie.

 

♦  Rachetez la banque. Pognon frais garanti tous les mois.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Clore/clôturer

 

Entre clore et clôturer, notre cœur balance. Réglons cette histoire une fois pour toutes afin que le débat soit clos.
-turé ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On se détourne de plus en plus de la simplicité du premier. Or, clore = fermer, et il n’y a pas plus fort que fermer.
Surtout pas clôturer qui, rappelons-le, consiste à « entourer d’une clôture » pour enfermer. Le rayon d’action est un chouïa différent.
Du reste, clore est si balèse qu’il peut lui aussi signifier « entourer d’une clôture ». Voire « enfermer », chez les littéraires.

Il est pourtant archi-courant de croiser clôturer hors du champ du champ :

clôturer une séance,
clôturer la saison.

A la vitesse où clôturer bat la campagne, « vivre en vase clôturé » nous pend au nez, tout comme « garder les yeux mi-clôturés ». Quant à votre banque, la prochaine fois qu’elle s’avise de « clôturer un compte » sans vous en parler, une scie à bois et vous pourrez vous payer en retour.

 

Ça n’empêche pas le grammairien Grevisse de prendre fait et cause pour le petit dernier :

On dit « clore une discussion, un débat, une séance, un congrès, etc. ». A côté de clore, dans de telles expressions, un certain usage (critiqué à tort par les puristes et par l’Académie dans sa mise en garde du 5 novembre 1964) admet clôturer. Puisque l’Académie dit bien « la clôture d’une session, la clôture des débats dans une affaire criminelle », pourquoi n’emploierait-on pas clôturer avec les mêmes compléments, d’autant que la conjugaison de clôturer est plus facile que celle de clore ? »

Justement parce que clore n’a pas d’autre substantif que clôture, Gregre d’amour.
De même que recevoir doit se contenter de réception et parfaire de perfection, le pauvre. Rupturer, extinctionner, naissancer, on peut encore perfectionner la logique.

D’accord pour apprentissager à lecturer et à écriturer. Mais plutôt mourir que de se fader des verbes en -re.
Pourtant :

je clos, j’ai clos, je closais,

c’est pas la mer à boiver.

Merci de votre attention.