Véranda

 

La véranda se serait appelée cave qu’on y aurait accouru avec un chouïa moins d’empressement.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Plus opaque qu’il n’y paraît, la véranda. Cette verrière adossée à la zonzon doit-elle son nom au matériau qui compose ses vitres ? Négatif car notre antichambre du dehors ne se chauffe pas obligatoirement de ce bois-là.

 

Pour mieux épouser le râle d’aise qu’on y pousse, véranda s’écrivait encore vérandah au XVIIIème siècle.

Extrait de La vérandah, poème de Leconte de Lisle :

Sous les treillis d’argent de la vérandah close,
Dans l’air tiède, embaumé de l’odeur des jasmins,
Où la splendeur du jour darde une flèche rose,
La Persane royale, immobile, repose,
Derrière son col brun croisant ses belles mains,
Dans l’air tiède, embaumé de l’odeur des jasmins,
Sous les treillis d’argent de la vérandah close.

Avouez que l’exotisme le dispute à l’érotisme.

 

Les Anglais ne se le font pas dire deux fois, qui importent leur veranda(h) des colonies indiennes. Où elle se dit varanda, comme au Portugal. Ce « long balcon ou terrasse » est probablement rafistolé de l’espagnol baranda, « barreau, balustrade », moulé dans le bas latin barra, « barre, barrière ».

A moins que baranda ne repose sur vara, « poutre verticale » ?

Ça se tient tout autant : baranda, assemblage de barres qui, fichées au sol, ressemblent à autant de « pointes » (indo-européen bhares-, à l’origine du latin fastigium, « faîte »). Vara, elle aussi fichée au sol comme une « jambe », a à voir avec varus, « séparé, écarté ». Variante : varicus, « écartant les jambes ». Ce qui ne fait pas disparaître les varices pour autant.

 

On ne sait sur quel pied danser, avec nos vérandas. Disons-le, l’indécision règne. D’ailleurs, ne passe-t-on pas le plus clair de son temps à vouloir « refaire la véranda » ? Là.

Merci de votre attention.

 

« Fin de non-recevoir »

 

Vous en conviendrez, « fin de non-recevoir » est le nom savant pour bide, vent et assimilés. « Savant » façon savant fou : suffit de démonter le fourbi pour s’en convaincre. A la dévisseuse, sinon on n’a pas fini.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Car où se donne-t-on du « cher confrère », raide comme la justice malgré la robe ? Vous l’avez pigé, il n’y a qu’en droit qu’on cause comme ça. « Fin de non-recevoir » y côtoie allègrement d’autres formes figées par on ne sait quel prodige (« mandat d’amener », « ordonnance de soit-communiqué »…). Passons.

 

Dans le code de procédure civile donc,

constitue une fin de non-recevoir tout moyen qui tend à faire déclarer l’adversaire irrecevable en sa demande (…).

Tout s’éclaire. Mais contemplez le sort réservé à recevoir ! Précédé de la négation, le verbe se mue en substantif sans que personne ne moufte.
Mettez donc « non-recevoir » à côté de non-lieu. Trouvez pas qu’il y a lieu de s’inquiétude ?

Quitte à employer un nom, pourquoi pas

fin de non-recevabilité ?

Hideux mais correct.

 

Gardons le meilleur pour la fin. C’est vrai, à quoi rime-t-elle, celle-là, à la fin ?
Si le « non-recevoir » s’arrête, c’est pour prendre désormais en compte la demande jugée recevable. La tournure entière devient alors irrecevable.

Quoique ! Moins par moins égale plus. Dans ce cas, tout baigne : c’est bien par une « fin de non-recevoir » que l’on se fait recevoir, et en beauté.

 

Le fin mot de l’histoire ? Fin est ici un « but juridiquement poursuivi » (v. « à toutes fins utiles »). Mais on n’a pas rêvé, dans la définition citée plus haut, elle est le

moyen qui tend à faire déclarer l’adversaire irrecevable en sa demande.

Moralité : au barreau comme ailleurs, la fin justifie les moyens.

Merci de votre attention.