Tige

 

Suite à l’étymo de coton, nous avions laissé coton-tige en rase campagne. Lavons l’affront et procédons sans plus attendre à l’examen de tige.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour faire simple, est considérée comme tige la « partie axiale de la plante ».

D’où le sens figuré, désormais perdu :

premier père, fondateur d’où sont sorties toutes les branches d’une famille :
La tige capétienne.

D’où l’encore plus has-been « faire tige » (« avoir une descendance »), qui n’a guère fait tige que dans la chanson fétiche d’Alain Bashung Faire tige de l’amour.

Puis par analogie :

élément long et mince, de section généralement circulaire, appartenant à un mécanisme.

Les métaphores coquines ayant tôt fait de fleurir (ta-ta-ta, on vous connaît), il fut un temps où l’on pouvait même se faire

brouter la tige,

le cas échéant par une belle plante, dans une mise en abyme qui vaudrait le détour si elle ne nous éloignait outrageusement du sujet.

 

Equivalent de « tronc » au début du XIIe siècle, tige pousse sur le latin tibia. Ce qui, a priori, est à se tenir les côtes. Mais tout bien considéré, ce cher os, par son côté longiligne, n’évoque-t-il pas une tige dans toute sa splendeur ?
Racine indo-européenne tuibh (« creux ») qui nous a permis au passage de siphonner leur siphon aux Grecs.

 

Le passage de tibia à tige, lui, se perd dans la nuit des temps. Mais il est bon parfois de préserver le mystère, surtout quand on songe aux « coton-tibias », « tibia capétien » et autres « faire tibia » auxquels nous avons échappé.
Quant à se faire « brouter le tibia », on en frissonne rien qu’à l’idée.

Merci de votre attention.

 

Vertige

 

S’il s’en trouve parmi vous pour préférer à Vertigo le titre en VF Sueurs froides, une milice hitchcockienne va venir vous pendre par les nougats en surplomb d’un à-pic, histoire de vous rappeler ce que vertige veut dire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Encore que qui dit vertigineux ne dit pas toujours ascensionnel : tournis, troubles de l’oreille interne, verre de trop, khônnerie insondable, oh-oh-veertânge-de-l’âmour, tout est bon pour donner le vertige.

Cramponnons-nous aux parapet, bastingage et assimilés. Et dominons le vertige, pour une fois.
Qu’observe-t-on ?
Qu’il est cul et chemise avec vertical, tiens oui ! Tandis que celui souffrant de horizontige n’est pas encore né. Ou alors c’était plus qu’un verre de trop, tout à l’heure.

 

Dès 1611, le mot désigne un « étourdissement passager où l’on croit voir les objets tourner autour de soi », puis en 1782 l’« impression de chute au-dessus du vide » responsable des sueurs froides citées plus… haut.

Believe it or not, l’angliche n’a pas changé une lettre au latin vertigo, « mouvement de rotation » (d’où « étourdissement »). Conséquence logique du verbe vertere (« tourner »), père d’une famille nombreuse et, disons-le, d’une smala insoupçonnable de prime abord : vers, inverser, renverser, converser, traverserbouleverser (exact équivalent de tournebouler donc) mais aussi vertèbre, intervertir, avertir (« tourner vers »), convertir (« tourner complètement »), divertir (« détourner ») et, plus rosse, pervertir et subvertir (« retourner »).

 

Pour faire le tour complet de la question, la clique à vertige ne serait rien sans l’indo-européen commun wert-, qui vaut au chleu son « devenir » (werden).
Ach, peut-on jamais prévoir comment les choses vont « tourner » ?

Merci de votre attention.