Pancake

 

Pas d’actu, pas de nombril. Respectons cette fière devise et, les doigts gras pleins de Chandeleur, allons voir de quoi il retourne chez nos frères zanglo-saxons.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

La recette des pancakes est si universelle qu’il ne viendrait à l’idée de personne – pas même nous – de les prononcer « pencaques ». Nos frères québécois, salement limitrophes des Stazunis, préfèreront d’ailleurs à n’importe quelle « crêpe » un pancake dûment oint de sirop d’érable.

Difficile d’ailleurs de sonner plus stazunien avec cette étymo bête comme chou où pan et cake se retrouvent unis pour le meilleur et pour le pire.

 

Vu la country, on ne se serait jamais permis d’accoler cake au dieu Pan ; c’est donc un homonyme. Pan sert de « poêle » à l’anglais depuis la nuit des temps. Si elle accroche un peu, c’est la faute du latin patna, contraction de patina, patiné du grec patane, « assiette, plat », lui-même soufflé par l’indo-européen pete-, « étaler, ouvrir ».

A ce stade, certains seront déjà pétés de rire. Concentrez-vous, on n’a pas encore attaqué cake.

Pete-, donc, s’est répandu partout sans vergogne : grec ancien petannumi (« déployer »), papa de petalon (« pétale »), sans parler du latin patulus, « béant ». La parenté avec spatule est plus que patente.

 

Quant à cake (z’en aurez pour vos sous), il descend du vieux norrois kaka au début du XIIIe siècle. Et avant lui, du germain kokon qui voulait le garder pour lui (avant de devenir le Kuchen bien connu). A l’époque, il n’était encore qu’un « pain rond » ou une « galette ».

 

Si bien qu’un pancake n’est jamais qu’un « gâteau de poêle » hein. Nommé pannequet chez nous d’ailleurs, les jours où on tient à épater la galerie.
Il peut bien s’agir de la même pâte, tout pancake dans une poêle française se verra instantanément anobli.

Merci de votre attention.

 

Poste

 

La Poste, on a tous à y gagner. M’enfin il est permis d’en douter un brin depuis que la vénérable institution a choisi de faire du blé. Cartes postales, Banque postale, dans le même sac. Timbrés !

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dès 1298, une « poste de chevaus » se dit d’un « relais de chevaux placé le long d’une grande route ». Etape d’un voyage plus ou moins long bricolée en « bureau de poste » au milieu du XVIIe, lorsqu’il s’est agi de trouver un point de chute où venir chercher ses recommandés. Attestée dans les récits de Marco Polo, voyageur avec un grand V, cette posta originelle se décline sans heurt au masculin (il posto, « le poste »), aussi bien qu’en verbe (poster, se poster). Quant à notre postillon, si neuf fois sur dix on le charge du courrier, il l’a bien cherché aussi, avec son canasson qui part tout seul. L’italien (« il postino ») et l’anglais (« Please Mr. Postman ») ont d’ailleurs gardé ce radical pour désigner leur facteur.

De nos jours, paradoxalement, on poste moins nos mails qu’on ne les envoie. Tandis que le ouèbe nous permet de poster à qui mieux mieux (et souvent pour le pire pire) : billets, commentaires, gazouillis et autres billevesées…

 

Mais zieutez plutôt : en créant posta, les Ritals n’ont fait que substantiver le verbe porre (« placer, poser »), issu du latin ponere de même sens. Cousins germains chez nous : pondre, imposteur, le suranné ponant (l’ouest, où le Soleil va se… poser), position plus tous les composés possibles, y compris le compost.

Voilà pourquoi il nous arrive de pourrir sur pied à la poste. Vous bilez pas, tout se tient.

Merci de votre attention.