Enveloppe

 

On a beau chercher, enveloppe ne rime qu’avec salope, interlope, clope, flop, nyctalope, trompe de Fallope, cyclope et varlope, ce grand rabot à poignée. Heureusement qu’antilope et escalope sont là pour relever le niveau. Sauf que, comme un fait exprès, les braconniers ont des pneus Dunlop.
Galope, ma grande.

Mais revenons à nos oryx, moutons.

Vide, l’enveloppe n’a pas de valeur particulière. Il suffit d’y glisser quelque chose pour que l’affaire devienne sérieuse. Au moment de la cacheter, la dramaturgie monte encore d’un cran.

C’est pourquoi le dérivatif à la sacro-sainte enveloppe renfermant le nom du vainqueur tue tout le suspense de la cérémonie. Pourquoi croyez-vous que la Poste, sur le modèle des enveloppes pré-timbrées, n’ait pas jugé utile de proposer des enveloppes pré-fermées ? Pour ne pas nous priver de ce plaisir secret.

 

Si le substantif vous semble sans attaches, visualisez plutôt le verbe envelopper. Comparez-le à développer. Si à cet instant l’adrénaline sourd de partout, c’est que la révélation produit son effet. Si rien ne fait tilt, dites-vous bien que toute la relation du couple est bâtie sur –veloppe.

 

A tout seigneur tout honneur, envelopper fait figure de doyen. On le croise dans la bouche de la première femme préhistorique emballant le quatre-heures de son homme pour la chasse à l’antilope de tantôt (sans 4×4, c’est dire la gnaque qu’il lui fallait) ; plus officiellement en 980 sous la forme envoloper, puis anveloper. Et jamais personne pour taper sur les doigts du copiste.
Et ça continue : 1235, envoleper. On faisait strictement ce qu’on voulait, at that time.

 

D’aucuns repèrent dans voloper (papa d’envoloper) le latin tardif aluppa, « copeau, brin de paille », délayé avec volvere, « faire rouler ». Evoluer vient de là, de même que vulve. Une enveloppe aussi sûre qu’une autre après tout.

D’autres se tournent vers l’anglais wrap, qui lui aussi « enveloppe » tout ce qui se présente, comestible inclus. En moyen angliche, le verbe avait nom wlappen et il l’avait bien cherché.

 

Développer a également connu des mises à jour : desvoleper (fin XIIe), desveloper (XIIIe), desvoluper (XIVe). Il s’est développé en développement, alors que son antonyme n’a point fait enveloppement (d’où longue cécité possible).

Avec l’enveloppe, on a gagné au change.

Merci de votre attention.

 

Jamais

 

Il ne faut jamais dire jamais.

Par cet optimisme animé, Fievel délivre à tue-tête l’un des paradoxes les plus intéressants de la langue. A méditer longuement, comme cet adage lennonien :

Life is what happens to you while you’re busy making other plans,

autre manière de dire qu’on ne sait jamais.

But revenons à nos moutons, moutons.

On l’a vu, jamais marche avec la négation. L’adverbe se laisse pourtant malaxer jusqu’à virer sa cuti : « si jamais » = d’aventure, « à jamais » = pour toujours, on n’invente rien. La locution « au grand jamais » le substantive carrément.
Ainsi, sous ses airs de ne pas transiger, le drôle cache un cœur tendre.

 

Ohé ohé, pour rappel, il était un petit navire qui n’avait ja, ja, jamais navigué. Or çà, n’aurait-on pas vu ja quelque part ?
Ça se confirme au pied de l’arbre généalogique.

« Ja non… mais », dès le Xe siècle, évoque un fait appelé à ne jamais se reproduire. La locution, chahutée dans le voyage, se fige en « ja mais ne ».
Evacuons ja tout de suite – son sens en ancien français, précisément. Dans « des ja » (« dès à présent »), il file aussi vite que son aïeul latin jam, « maintenant, dans un instant ». Onomatopée comme boum ou vlan ?
Vous n’y êtes pas. Jam n’est jamais que diam, forme collatérale de diem, ce « jour » bien connu des carpettes qui en profitent pour ne rien branler.

 

Jamais au sens positif avait donc tout loisir de se radiner au XIIe siècle : « un jour dans le futur » ou « à partir de maintenant et dans l’avenir ». Quel adverbe épouse désormais ce sens ? Je ne vous le fais pas dire.
Mais, hors objection, ne se niche donc pas uniquement au sein du délicieusement suranné « n’en pouvoir mais ». Et comment traduire « ja non… mais » autrement que par « jamais plus » ? Si le mais originel est un plus déguisé, il faut en blâmer le latin magis, anciennement magnus (on saisit mieux la supériorité) puis magius avant qu’on ne le bouffe de tous côtés.

 

Avouez qu’on n’a pas toujours droit à pareil festin.

Merci de votre attention.

 

Miette

Dans notre série « révélations du petit déj », il n’y a pas si longtemps que ce fait troublant m’a frappé au coin du bon sens parfois bien planqué dans le terrain vague qui me sert de cerveau : une miette, quand tu regardes bien, n’est rien d’autre qu’un petit bout de mie ! Fourche, fourchette, houppe, houppette, mie, miette ! Les eurêka tombèrent dru ce jour-là.

Cette découverte ô combien fondamentale vient cependant de subir un revers. Car l’étymologie, rabat-joie une fois n’est pas coutume, nous enseigne que mie dériverait de miette et non l’inverse… A l’origine était la miette, donc.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Mie et miette viennent tout droit du latin mica, qui signifiait déjà « miette » et d’où s’est faufilé par une porte dérobée le mica, ce minéral connu des géologues pour entrer avec le quartz et le feldspath dans la composition du granite. Il ne serait donc pas si incongru d’en rapprocher les facettes de petits morceaux de pain qui choient, puis par extension de petites parcelles d’à peu près tout ce qu’on veut (« en mille miettes »).
Comme y’a pas de hasard qui tienne, c’est sur ce même mica que s’est formée la marque déposée Formica, désignant un matériau assez résistant pour supplanter le mica (for mica, « à la place du mica » ; on dirait pas mais c’est de l’authentique ce que je vous raconte).

On s’égare ; mica ne nous a pas dit d’où il venait ? Du verbe latin micare, « briller », « scintiller » qui, pour une fois, n’a accouché dans notre langue que de la pierre éponyme et susdite. A ce stade, je vous rappelle que toute analogie entre le mica étincelant et la mie blanche du pain serait bidon puisqu’il est établi que les Romains, bien avant de se jeter des boulettes de mie dans les lauriers, faisaient déjà autant de mica que nous en cassant la graine. (L’avantage c’est qu’à notre époque, sur une table en formica, un coup d’éponge et tu ramasses tout).

 

Au passage, pour étayer tout ce qui précède parce que j’en vois qui font la moue, j’attire votre attention sur l’édifiante conjugaison de micare. La 1e personne du présent nous offre un mico qui en effet, arrivé à la moitié du bâton, se craquèle en miettes promptes à vous maculer le falzar. Même personne au parfait : micui, confirmation éclatante qu’une baguette pas trop cuite sera toujours la garantie de bonnes miettes croustillantes.

Merci de votre attention.