Pote

 

On peut, paraît-il, réveiller un vrai pote à quatre heures du matin. Dans ce cas, mettez-vous à sa place, tiré(e) du sommeil du juste pour se fader vos salades en tentant d’aligner les deux-trois trucs sensés qui vous couperaient la chique au plus vite avant que sa nuit ne soit définitivement foutue. Vous aviez plus d’égards pour votre nounours, ce me semble.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Avec son o grand ouvert et sa simplicité bonhomme, on peut en tout cas rebondir sur le pote en toutes circonstances, ce compagnon de quatre cents coups, ce vieux camarade, cet autre vous-même. La notion de pote est large, qui lie parfois des membres d’une même communauté sans relation d’amitié a priori, témoin le fraternel « Touche pas à mon pote ».
Il n’est pas rare du tout de se donner du pote sans avoir aucune affinité particulière avec icelui :

Non mais tu sais pas sur qui t’es tombé, mon p’tit pote !

 

Or on l’a perdu de vue, le mot est formé par apocope sur poteau, ami fidèle s’il en est. Du pur argot, qu’on a moins fréquemment le plaisir de croiser que pote, si ce n’est chez Renaud dans sa Chanson pour Pierrot (si vous voulez pleurer un coup, c’est par là) :

Pierrot, mon gosse
Mon frangin, mon poteau
Mon copain, tu m’tiens chaud
Pierrot.

Pas plus stable en effet que l’inamovible poteau, arraché du latin postis (« jambage de porte ») et replanté en françois début XIIe, assez brave pour maintenir et supporter tant et plus… En voilà une image qu’elle est parlante !

 

J’en vois déjà qui font la moue, regrettant la disparition du pote au profit d’« amitiés » virtuelles avec de parfaits inconnus, des boulets qu’on croyait semés pour toujours, de vagues connaissances, des déjà amis dans la vie, son père, sa sœur, son chien…
Au contraire, le véritable pote, celui ou celle qui tient sur les doigts d’une main (et encore, de Mickey), en sort grandi. Les rézosocios auront eu raison de l’ami, ils ne toucheront pas à mon pote.

Merci de votre attention.

 

Stress

 

Ceux qui boulottent encore leurs crottes de nez l’ignorent mais jusqu’à une époque récente, le mot stress n’était jamais prononcé. Vivions-nous plus relax alors ? Déjà oui ; pour s’en convaincre, il suffit de comparer le rythme d’une archive INA à une émission au pif du PAF actuel. Les motifs d’énervement se comptaient-ils sur les doigts de la main ? Bé non, on somatisait tout pareil mais le diagnostic allait d’une « tension nerveuse » à un « surmenage » des plus précis. Tandis que de nos jours, les petits khôns en goguette bavent à tout propos :

Vas-y, ça m’stresse, là

et, à la même fréquence,

Vas-y, ça m’soûle, là

quoique parfaitement sobres. A d’autres, hein.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Stress n’est attesté qu’en 1950 en Gaule mais les Grands-Bretons l’emploient allègrement depuis le XIVe siècle au sens d’« épreuve, affliction » puis de « contrainte, effort, tension ». Very well, me direz-vous. Sauf que le mot dériverait du vieux français « destrece » ou « destresse », aïeul de notre détresse et de l’anglais distress (sens proche d’« affliction »).
Seule une feuille de papier à cibiche sépare cette origine de l’anglo-normand « estresce » ou « estrece ». C’est moi ou étroit saute aux yeux ? A étroitesse, avouez qu’on a vite fait d’associer oppression. Y’a qu’à voir dans quel état nous quittons une cabine d’essayage, toute claustrophobie mise à part.

 

Le latin strictus (« serré », d’où « strict » !), participé passé du verbe stringere (« é-treindre », « re-streindre » !!) plaide pour l’antériorité d’« estrece » sur « destrece ». Logique ! On peut vous dénouer par d’affectueux « déstresse »

Notons enfin que déstresser, pas plus que stresser ou stressant, ne trouvent d’équivalent dans la langue de Shakespeare, plutôt friande de l’expression figée « to put the stress on » : « mettre l’accent, insister sur, souligner » d’une pression forte un élément important.

Voilà un élément à souligner d’une pression forte, sur lequel il me semblait important de mettre l’accent, d’insister.

Merci de votre attention.