Comment dire ?

 

Les journalistes d’investigation à qui on ne la fait pas – comment dire ? – font parfois semblant d’hésiter dans leur commentaire :

une explication – comment dire ? – plutôt embarrassée.

Le procédé, à la longue, est – comment dire ? – un rien gonflant.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Le journaleux, lui, est – comment dire ? – tout fiérot de se mettre ainsi en scène. Ça lui permet – comment dire ? – de se ménager un suspense pour mieux coller au ton de la confidence, où chaque mot est pesé pour faire sentir que – comment dire ? – c’est du lourd. Sans compter l’occasion, une fois n’est pas coutume, de laisser sa neutralité au placard.

 

Mais (il faut bien que quelqu’un lui dise) « comment dire ? » établit – comment dire ? – une fausse connivence. Le journaleux sait très bien « comment dire » puisque la suite de sa phrase est déjà écrite. Peu nous chaut de savoir combien de fois il aura tourné sa langue dans sa bouche avant de cracher sa pastille.
Sous couvert de « nous on sait, et on ne vous prend pas pour des billes », c’est – comment dire ? – le contraire qui se passe.

 

Ce petit effet est aussi censé – comment dire ? – appuyer le propos. Là encore, c’est – comment dire ? – raté. Si le journaleux conclut sa formule par un mot édulcoré, il ne dit pas tout à fait ce qu’il pense.
Si bien qu’en réalité, « comment dire » est un excellent moyen de ne pas le dire, sans le dire.

 

On avait déjà l’habitude d’arrondir les angles avec « disons ». Même degré de diplomatie dans « pourrait-on dire », bientôt suivi d’« on va dire » (qui ne veut rien dire s’il n’est pas antéposé).

« Comment dire ? » passe à la vitesse supérieure ; on pourrait presque ajouter « pour ne froisser personne tout en montrant qu’on n’en pense pas moins ». Mais ça, – comment dire ? – on ne peut pas le dire.

 

Détenteurs de carte de presse, à quoi sert-ce de découvrir des pots aux roses si c’est pour tout gâcher par des « comment dire » ?

Merci de votre attention.

 

Quelles nouvelles ?

 

Imaginez l’homme du XVIIe téléporté à notre époque. Fortuitement, présentez-lui ça :

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Si le pauvre homme est largué que c’en est pathétique, c’est normal : il n’est pas habitué il est comme nous, il ne peut pas faire plusieurs choses à la fois. Deux bandeaux qui défilent sous quelqu’un qui parle = au moins deux infos perdues dans le néant.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A un moment, les chaînes d’info en continu se sont donc mises en rond, co’ ça, en se tenant par les épaules. Qu’est-il sorti de leur conciliabule ? Que développer un titre après l’autre, boâârps, c’était du journalisme de papa. Et que, pour paraître sur le coup, il fallait concomitamment que s’immisçassent brève sur brève comme autant de sangsues, qui d’obscurs scores de foot, qui le cours de la bourse dont on n’a que fout’ j’t’ai d’jà dit. ‘Agadez-moi ça :

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Même image arrêtée, calculez les plombes qu’il faut pour digérer l’ensemble !

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Conseil aux téloches : plus la peine de miser sur le minois de la madame, on ne la voit plus. C’est à peine si on l’entend encore. On avait pourtant de l’entraînement avec les films en VO.
CNN, BFM, i>TELE, LCI et consorts pourront toujours vanter une actu « chaude », exhaustive, voire « nature » (puisque « tombant » dans l’instant non torréfiée) : on n’a que deux yeux (sauf la maîcresse qui en a un troisième dans le dos).

De ces bombardements journaliers, on devrait faire le bilan de ce qui nous reste le soir venu. Que dalle probablement. Car nous fuyons, ne sachant plus où donner de la tête, écœurés de ne retenir que pouic. Exactement comme en présence de quelqu’un qui, sous le coup de l’émotion, nous livrerait la dernière en vrac. Allez couper la dame dans le poste avec force « Holà holà ho » et autres « Atta atta atta ».

 

Meuh y’a pas que les robinets d’info à flux tendu qui en pissent dans tous les coins. Depuis quelque temps, la mode est au tweet à forte valeur ajoutée en direct. Du style :

Il était beau comme un dieu, Yannick !

pendant la rediffusion de la finale de Noah à Roland-Garros.

Et pourquoi l’animateur d’un magazine de société choisit-il, en fin d’émission, un spermatozoïde victorieux (la question d’un téléspectateur), si c’est pour faire défiler tous les flagelles malchanceux en même temps que la réponse pour ne fâcher personne ?

Trop d’info tue l’info.
Eteignons.

Merci de votre attention.