Camion

 

Ça n’a que trop traîné, examinons aujourd’hui le cas camion. Débarrassé de l’image du gros cul qui se forge d’emblée à son sujet (surtout après le caca de la phrase précédente), le mot ne brille-t-il point d’une éclatante singularité ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Comme s’en souviendront les natifs d’avant le moteur à explosion, les camions d’antan étaient des

voitures basses à bras ou à chevaux utilisées pour le transport de charges lourdes,

loin du

gros véhicule automobile utilisé pour le transport des marchandises

sur lequel nous nous époumonons de nos jours. A l’exception toutefois du camion de pompiers dans le sillage duquel on roule sans trépigner.

A l’instar de véhicule et de voiture, camion appartient donc au club très fermé des animaux à roues présents depuis la préhistoire.

Mais à quelle sous-espèce le rattacher ? Car, carriole, carrosse voire charrette, autres poids lourds au ca- caractéristique ?

 

Lorsqu’il apparaît en 1352, le chamion primitif ressemble en effet à une « charrette ». Il désigne au bout de deux siècles un « petit véhicule sans roue dans lequel les vinaigriers de Paris traînent leur lie ». La double peine dites donc. Khôn comme un parigot vinaigrier.

 

Et avant ça ? D’aucuns croient repérer sa trace dans le provençal caminar, « cheminer ». Il a plus probablement cheminé depuis le latin chamulcus, « chariot bas ». Ce dernier débaroule du grec khamai, « à terre », qu’on retrouve pas plus tard que dans caméléon, « lion qui se traîne [littéralement] à terre » eh bé c’est du propre.
« Terre » enfin que l’indo-européen chéri nomme dhghem- (v. humble) et dont est issu l’homme, au demeurant.

 

Conclusion : camionneur est un métier d’homme.

Merci de votre attention.

 

Fret

 

Le Fret : hameau de la commune de Crozon, situé en bordure du littoral sud de la rade de Brest, entre Lanvéoc et l’Île Longue, port traditionnel offrant des liaisons maritimes transrades à destination de Brest pour les habitants de la presqu’île de Crozon. Comme son nom l’indique.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Fret est très peu utilisé dans la conversation courante, sauf par les employés de la Seuneuceufeu. Pourtant, imaginez ce qu’il représente en tonnes à l’échelle d’une seule journée. Alors que Dieu qu’existe pas est sur toutes les lèvres. On est bien peu de chose.

Malgré la générosité du verbe affréter (« prendre à louage un moyen de transport de marchandises ou de personnes »), le fret concerne plutôt des cargaisons inanimées.

Et le mot voyage beaucoup. A ce stade, le mot « bourlingue » n’est point exagéré.

 

Ainsi, dans le « freight train » des chansons ferroviaires anglo-saxonnes, freight dérive de fraght issu de vracht, vrecht en moyen hollandais et en moyen chleu. D’où découlent le danois fragt, le suédois frakt, le portugais frete et notre fret national.

La faute à fraught, apparu début XIIIe en Anglo-Saxonnie toujours : « cargaison de marchandises » en causant d’un bateau. L’ancien teuton fra-aihtiz, « propriété, biens », mettait il est vrai en lumière le radical –aigan, « posséder », lui-même couvé par l’indo-européen aik- de même sens, auquel les Zanglais doivent leurs verbes owe (« devoir [qqch] ») et own (« posséder »).

 

Ici, la guerre fait rage : prononce-t-on le t de fret ? Oui, si l’on veut éviter la confusion avec frais. Comme dans :

Il est frais mon poisson ! Il frétille encore !

Merci de votre attention.

 

Rouflaquette

 

Vous autres zobsédés au vocabulaire croupi voyez sans doute en rouflaquette un équivalent exotique de khoûille. Vous confondez avec roupette et roubignole. A votre décharge, bande de digoulasses, ces pattes sculptées au gré de l’inspiration sont bien l’apanage des mecs du sexe masculin. Rappelons qu’en un point indéterminé de cette broussaille, le cheveu se mue en poil. Transsubstantiation qui vaut son pesant d’alléluia.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ce Triangle des Bermudes capillo-pileux semble connaître son apogée au tournant des XIXe et XXe siècles. Du gentleman au proxo, oncque mâle qui n’arbore ses rouflaquettes en gage de virilité, comme l’atteste une iconographie fournie comme une tignasse. A croire que les glabres font alors figure de parias. Riez, riez, on voit bien que vous ne tâtâtes jamais du tranchant des lames de l’époque. Le Bic uneu lame le orénge, à côté ? Une caresse.

Petit échantillon à travers les âges :

roufla1

Années 60-70, le tif libéré :

roufla2

Par la suite, la rouflaquette périclite inexorablement. Sorti de la corporation des routiers et des vieux hardos nostalgiques, on ne trouve plus guère que notre Maxime Médard national pour l’assumer sur les terrains de rugby :

maxime-medard

Pour ainsi dire, la chose remonte au rasoir mécanique. Mais le mot ?

Sans conviction, les lexicographes s’en remettent aux dialectes. Rouffles (« jabot, garniture de chemise »), roufle (« gifle »), sans oublier l’expression normande « faire le roufle » : « prendre un air arrogant, se pavaner ». A ce compte-là, les bricolos ressortiront maroufler, aux racines tout aussi enchevêtrées : associer ce « vaurien » de maroufle à la colle forte, pas moins tiré par les cheveux que la joue comme dénominateur commun de roufle et rouflaquette

Pronostic tout personnel : ronflant et flanquer sont tapis dans l’ombre (rouffler, ancienne variante de ronfler !). Après tout, les rouflaquettes mangent le visage de qui veut se donner de l’importance. Un suffixe affectueux (dit-on point favoris pour les mentons rasés ?) et emballé c’est pesé !

Tandis que nous crawlons dans le secret, l’anglais tire ses sideburns du nom du général nordiste Ambrose Burnside, Ambrose-Burnsidemis cul par-dessus tête pour mieux épouser l’idée (side = côté).
Ça vous défrise, doesn’t it ?

Merci de votre attention.